Journal de bord

Journal de bord

Je tiendrai au quotidien un journal de bord sur le déroulement de la traversée où je livrerai mon ressenti sur les aspects techniques, physiques mais aussi psychologiques de cette aventure, le tout agrémenté, je l'espère, de photos à la hauteur des sites traversés.


Dimanche 6 juillet – Hendaye - J0

ça y est, le jour J est arrivé. Cela fait plus d'un an que j'attends cette date. Et enfin,...

Oui...mais en fait non...Le début d'histoire aurait pu être idyllique mais voilà...d'abord le « D-day » sera pour demain...la faute à une météo capricieuse en ce début juillet (on en reparlera plus tard) et à l'annonce de gros orages dès la mi journée. Finalement, ce sera donc, photo de la plaque de début du GR10, balade à San-Sébastien puis repas à l'heure espagnole en regardant tomber des hallebardes par la fenêtre du restaurant...aucun regret.

Le second problème vient du physique. Je traîne depuis mars 2014 d'osthéos en podologues...sciatique, douleurs lombaires et autres pépins en tout genre m'ont empêché de profiter pleinement de la fin de ma préparation. Je suis moins excité la veille du départ que je pouvais l'être il y a six mois de ça. Je suis plus que pessimiste sur mes chances de réussite...je me fixe des objectifs à 2, 4 et 6 jours...on fera le point après. C'est pas très malin de partir blessé pour un trek de 35 jours mais je ne pouvais pas renoncer après toute cette préparation, après toute cette attente. Et puis, on ne sait pas vraiment ce que j'ai et je peux quand même réaliser des randos à la journée mais avec des douleurs, là au moins je vais être fixé. RDV demain donc...



Lundi 7 juillet – Hendaye/cabane d'Etxalar - J1

D+ : 1400m – 8h30 pauses comprises

Cette journée restera définitivement comme étant celle des émotions et sentiments exacerbés.

Dernière vue de l'océan sur les hauteurs d'Hendaye




Je ressens d'abord de la fierté...ça y est je touche du doigt mon rêve et je m'élance en ce petit matin gris à la découverte des Pyrénées...de mes Pyrénées...j'ai le sentiment qu'elles vont un peu m'appartenir pendant ce corps à corps d'un peu plus d'un mois.
Un sentiment de vide aussi...face à l'ampleur de ce qui m'attend...35 jours devant moi sans savoir de quoi ils seront faits...un peu comme un cahier d'écolier vierge un jour de rentrée...des pages blanches qui se couvriront de belles histoires mais aussi de ratures...
L'inquiétude est également présente...inquiétude face à ces douleurs...toujours présentes derrière cette cuisse droite et qui me font être un peu trop à l'écoute de mon corps à mon goût... Appréhension aussi face à ce qui s'annonce comme ma première nuit seul en montagne. Je ne suis pas un grand froussard mais je suis toujours parti en bivouac avec des copains, parfois seul dans la tente mais jamais complètement seul...

ruisseau ou chemin ?

Mais s'il est deux sentiments qui prennent le pas sur les autres, c'est bien la liberté et la sérénité. Liberté de marcher...à mon rythme (c'est pour cela que j'ai tenu à partir seul)...d'écouter mes envies sans contingence matérielle et avec pour seul leitmotiv d'avancer encore et toujours vers l'est...
Sérénité enfin quand j'écris ces lignes, allongé sur le toit de la cabane d'Extalar en cette fin d'après-midi...alors qu'un rayon de soleil, enfin généreux, vient me réchauffer et sécher mes affaires et que le vent me ramène le doux bruit des sonnailles qui s'élève des collines basques.
la Rhune
coucher de soleil depuis la cabane
Cette journée a en fait été un condensé de ce que j'imaginais être la HRP...
Des paysages sublimes (bien qu'en partie masqués par les nuages), une rencontre avec un sympathique groupe de randonneurs avec qui nous partagerons quelques longueurs de sentiers et pas mal d'impressions sur mon périple qui s'annonce, des premiers moments difficiles sous des trombes d'eau qui me laissent imaginer que l'obstination qui est la mienne à réaliser ce projet ne sera pas de trop sur une période aussi longue et enfin une impression qu'il n'y a aucun lieu sur la terre où j'aurais plus envie d'être que celui auquel je me trouve à cet instant précis...

Pourvu que ça dure...et que mon corps me laisse profiter encore un peu de tout cela...

vue sublime depuis la cabane d'Etxalar
 Mard.....

Lundi 7 juillet 23h30


Couché 22h30...et malgré le confort sommaire de l'abri où on dort à même le carrelage...aussitôt endormi en dépit des appréhensions qui étaient les miennes...

23h30...les bruits que j'avais entendu sur les planches servant de faux plafonds dans l'après-midi recommencent...j'allume ma frontale...et là j'aperçois en train de passer du faux plafond à l'étagère situé 20cm en dessous...une couleuvre. Elle a dû élire domicile sous le toit de la cabane, accessible du côté de la pente...et si elle regagne rapidement le couvert des planches, elle se laisse au passage admirer dans toute sa longueur. Je dois donc dormir avec une couleuvre au-dessus de la tête sur un faux-plafond qui présente quelques trous...La première nuit du périple est pour le moins inattendue et je dormirai donc..peu et avec la frontale sur le crâne pour pouvoir rallumer au moindre bruit...il est des premières plus marquantes que d'autres...la couleuvre d'Etxalar me laissera un souvenir impérissable...
Mardi 8 juillet - cabane d'Etxalar / Les Aldudes - J2

D + : 1750m – 10h00 pauses comprises
Sur les hauteurs d'Arizkun
 
le clocher d'Arizkun
Après les émotions d'hier, retour à des considérations plus terre à terre. Il fait frais ce matin à 6h30 en partant de la cabane et le ciel est couvert. La nuit a été courte et agitée pourtant je me sens plein d'énergie. Rapidement, une douleur apparaît pourtant sur le devant de la cheville, entre la malléole et le tibia. Il faudra faire avec. L'étape du jour est longue et relativement monotone. Elle se déroule en grande partie sur piste jusque sur les hauteurs d'Azplikueta puis carrément sur la route jusqu'à Arizkun qui par contre est un fort joli village basque espagnol. Au passage, je découvre les rives du Baztan très marquées par les crues qui ont eu lieu ces dernières heures en Pays Basque. Ma cheville droite me fait de plus en plus souffrir, j'ai du mal à poser le pied en entrant dans Arizkun où je fais une longue pause près de la fontaine et je songe à arrêter le soir même. Je mange sur les hauteurs d'Arizkun alors que le temps se gâte de plus en plus et quand j'approche du pic Burga, point de vue du jour. Finalement,  la pluie et le brouillard s'invitent à nouveau sur ma route alors que je suis sur les crêtes. Je ne vois donc rien des jolis paysages  au sommet du Burga et autour des cols Basabar et Berdaritz et je m'offre une fin d'étape pas évidente à la boussole et à l'alti pour ne pas m'égarer entre tous ces sentiers qui se ressemblent au milieu des fogères. Vient enfin la descente sur Les Aldudes, un vrai village coup de cœur où nous profiterons d'un accueil des plus chaleureux avec ma femme et ma fille à l’hôtel Saint Sylvestre alors que nous sommes arrivés à l'improviste.
Sommet de Burga : encore une journée à la météo difficile
L'arrivée sur les Aldudes
Mercredi 9 juillet - Les Aldudes / Béhérobie - J3

D + : 2200 m - 11h pauses comprises


J'ai finalement décidé de repartir en strapant ma cheville bien serrée et en troquant mes trails contre mes grosses afin d'avoir la cheville bien tenue. Mes douleurs à la cheville et derrière le genou ne me quitteront dorénavant plus mais tant que je peux continuer, j'avancerai. On verra...


chapelle du col d'Ibaneta
Cette journée sera placée sous le signe de la spiritualité. Départ tardif à 8h ayant dû attendre des ouvriers, clients de l'hôtel, qui m'ont proposé de me ramener au centre des Aldudes. Pour changer, il pleut, il fait froid et il y a du brouillard. Dommage car la montée sur les hauteurs des Aldudes doit vraiment être sympa. Cette journée plaçait sous le signe de la spiritualité, est aussi la journée qui verra éclore les premières disputes avec mon compagnon de traversée Georges ou tonton Georges pour les intimes. Ainsi, je manque de m'égarer sur les flancs de l'Errola à chercher un chemin à flanc avant finalement de consulter la carte et de décider de prendre toute crête par le sommet sans que cela ne rajoute beaucoup de temps ou de dénivelé Je découvre que Georges a parfois l'habitude de couper les cheveux en quatre pour trois fois rien. Je me ferai plusieurs fois cette réflexion dans la journée. J'arrive finalement sur la route du col d'Hauzay que je décide de suivre au vu des conditions météo. Je subis donc une très, trop longue portion de route jusqu'au puerto de Ibaneta. A partir de là, dans la montée mais surtout dans le descente du col Lepoeder, je croiserai énormément de pèlerins. Je suis impressionné de croiser autant de personnes de nationalités différentes, d'histoires différentes toutes réunies vers un même objectif. Cette quête commune m'émeut. Il me faut quelques minutes pour adopter le fameux « buen camino » qui remplacera pour quelques heures le traditionnel bonjour. Certains pèlerins marchent en récitant des prières, beaucoup abordent la coquille mais les plus surprenants sont les asiatiques. Alors que je m'abrite du vent, du brouillard et du froid hivernal à la cabane du col d'Intzondorre pour manger, arrive une jeune asiatique...en tong. C'est la deuxième que je vois ainsi chaussée. Ses pieds nus sont couverts de boue et elle n'a pour se réchauffer qu'un petit K-Way de grande surface. Surpris et ému par cette vision, je lui propose la fin de mon repas : pain, fromage, compotes. Elle dévore littéralement ce que je lui tends mais elle tient à ne pas être redevable. Elle sort donc de son petit sac à dos, une poche avec une vingtaine de raisins secs et m'en offre quelques uns. Je suis prêt à parier que c'était son repas de la journée.

col de Lepoeder, premier vrai col de montagne de la traversée
Je repars en dissertant sur les hasards de la vie qui font qu'à des milliers de kilomètres deux êtres qui ne se connaissaient pas, qui n'ont pas pu communiquer par la parole (elle parlant ni le français, ni l'anglais, ni l'espagnol) garderont peut être longtemps en mémoire leur rencontre de quelques minutes dans une cabane aux confins du Pays Basque un après-midi de novembre ou presque quand je me rends compte que j'ai oublié mes bâtons à la cabane. Demi-tour et 15min de perdu...je retrouve finalement mes bâtons où je les avais laissé et repars passablement énervé après moi-même. Est-ce cet énervement qui me fera lire le topo de travers ou Georges qui se perd de nouveau dans son style alambiqué, toujours est-il que je m'égare en pensant suivre les barbelés de la frontière. Je le découvre rapidement mais pense quand même pouvoir rejoindre le col d'Arnostéguy par ce chemin. Finalement au bout de 25min,vu le brouillard, je préfère faire demi-tour et revenir sur mes pas. Voilà en tout près d'une heure de perdue...
la tour d'Urkulu

Splendide Errozate
Je peste de nouveau après Georges en me rendant compte qu'il suffisait en fait de suivre le chemin de Saint Jacques jusqu'au col de Bentarte au lieu de vouloir prendre les crêtes, décidément je trouve qu'il a souvent tendance à faire compliquer quand on peut faire simple et que parfois il a tendance à vouloir vraiment du mal aux mouches . De ce col jusqu'à Orgambide, les paysages sur les crêtes d'Urkulu et surtout sur l'Errozate sont magnifiques malgré le vent tempétueux et Georges, dont le caractère facétieux me vaudra encore quelques hésitations jusqu'à Béhérobie. Très longue descente au milieu des fougères géantes jusqu'à l'hôtel que je rejoins après une étape assez dantesque.

On ne s'en lasse pas...

Jeudi 10 juillet - Béhérobie / Chalets d'Iraty
D + : 2000 m - 8h pauses comprises
Je sors de l'hôtel ce matin. Il pleut, il fait froid et il y a du brouillard. Encore une journée difficile qui s'annonce, je n'arrive plus à faire sécher mes affaires d'un jour à l'autre. La route qui monte au-dessus de l'hôtel des sources de la Nive est en de nombreux endroits coupée par des éboulements, preuve de la violence des événements qui ont lieu ici ces deniers jours. Je ne verrai donc rien de la montée sur les flancs de l'Errozate, à regrets car ce que j'avais aperçu la veille depuis Orgambidé m'avait paru splendide.
Eboulement juste après l'hôtel des sources de la Nive
Je bascule finalement de l'autre côté du col d'Errozate dans un vallon où le temps est meilleur, nombres de troupeaux et de bergeries tout le long de la route. La montagne est ici vivante, ce qui me change un peu car à part le groupe du premier jour et les pélerins d'hier, je n'ai croisé personne depuis 4 jours. Les crêtes d'Urkulu m'attire mais je les feinterai finalement par leur flanc, d'abord à cause du vent fort qui souffle et puis à cause du premier coup de pompe physique de cette traversée. Je paie en fait ma grosse étape d'hier et surtout mon arrivée tardive. Le brouillard, notamment, crée une fatigue nerveuse qu'il est bon d'avoir le temps d'évacuer après l'étape en faisant autre chose, de même les étirements sont importants pour la récupération. Deux choses importantes que je n'ai pas pu faire hier soir, c'est, en tout cas, une leçon pour la suite.
Brebis à flanc
Au col d'Oraaté, je suis rattrapé par la pluie et le brouillard. Je préfère donc renoncer à l'ascension de l'Occabé, vaste plateau paumatoire et opte pour un détour pour aller retrouver le GR10 et ses balises un peu plus rassurantes. Je rejoins Bagargui , non s'en mettre fait rincer une dernière fois par une belle averse à partir du chalet Pedro. Première soirée où je me sens vraiment en montagne. Premières rencontres aussi avec des gens embarqués dans la même galère que moi. On échange donc nos impressions au gîte, remarquablement propre, puis au restaurant autour de la cheminée en attendant que l'on nous serve un très bon repas et une exceptionnelle garbure cuite dans l'âtre. Je vous le recommande...
Les crêtes d'Urkulu
Ce soir, je n'ai plus de courbatures, la machine semble donc lancée même s'il me reste ces douleurs derrière le genou et surtout sur le devant de la cheville.
Vendredi 11 juillet
Au réveil, le temps est encore exécrable, je m'apprête donc à renoncer à l'Orrhy qui me tient pourtant très à cœur pour sa portée symbolique. Mais, en sortant du duvet, je m'aperçois que ma cheville a doublé de volume depuis que j'ai enlevé le strap hier soir. Ma femme et ma fille doivent rentrer ce matin et je m'apprête donc à partir pour huit jours jusqu'à Gavarnie sans options pour arrêter si la douleur se fait trop violente. Je prends donc la décision de rentrer consulter et je m'organise pour revenir dès lundi reprendre mon aventure.
Malheureusement, le verdict médical sera tout autre. L 'échographie note du liquide autour des tendons de la cheville et du genou. J'avais donc une tendinite au genou depuis plusieurs mois, tendinite qui s'est aggravée avec la marche et qui a également touché la cheville qui a dû compenser. Ma traversée s'arrête donc là. C'est un petit déchirement, une petite honte même vis à vis de la famille et des amis mais c'est comme ça. C'est d'autant plus rageant que j'avais la caisse pour réussir, j'ai fait une centaine de kilomètres et 7300 mètres de D+ en 4 jours et tout ça sur une jambe... 
Avec quelques jours de recul, mon côté qui voit toujours le verre à moitié plein a repris le dessus et je me dis qu'avoir juste touché mon rêve du doigt est finalement bénéfique.
D'abord ça a renforcé ma conviction (s'il en était besoin) de réaliser mon projet. Ensuite, c'était la première fois que je pratiquais la randonnée itinérante et j'ai attrapé le virus. C'est comme cela que je veux faire de la montagne le plus souvent. C'est tellement plus excitant et grisant que de monter/descendre comme on le fait toute l'année. Mais je pense que ça m'a aussi permis de découvrir quel type d'itinérant, je suis. Itinérance rimant pour moi avec liberté, à ma grande surprise, je souhaite aujourd'hui réaliser ma traversée sans contraintes de temps. Pas de réservations au delà d'un jour, pas de date butoir (oui je sais pour ça, j'ai la chance d'avoir une profession qui me le permet). L'an prochain, je partirai avec un laps de temps entre 35 et 40 jours et à l'intérieur de cet espace temps, libre à moi de faire des étapes de 14h, de 2h ou de prendre un jour de repos quand je le désire. De même, l'itinéraire sera grosso-modo le même mais il pourra aussi changer en fonction des mes envies du moment ou de la météo. En préparant la traversée, on m'avait dit de surtout savourer cette aventure et qu'il était dommage d'avoir un itinéraire et des dates trop figés...cette réflexion a aujourd'hui pris tout son sens pour moi. Je serai finalement passé à côté de l'esprit que je veux lui donner désormais.
Enfin , j'ai apprécié de voyager léger (entre 10 et 12kg) mais aussi de me poser au sec le soir après 4 jours de pluie , de brouillard et de froid comme j'ai vécu...plus question donc de prendre la tente....L’hébergement se fera en cabane, gîte, refuge ou hôtel ainsi je gagnerai en poids et en confort. C'est certes un autre budget mais j'ai du coup onze mois pour m'y préparer. Et à bien y regarder, cela n'est pas antinomique avec le désir de liberté, les lieux pour dormir étant nombreux et pas très éloignés les uns des autres y compris sur la HRP.
Voilà...mon aventure a donc tourné court...mais elle n'est en fait pas finie...juste quelques semaines ou mois pour me soigner puis quelques trop longs mois pour rêver à nouveau et je la bouclerai enfin en ayant apprécié toute la portée de ce qu'elle représentera alors...rendez-vous au début de l'été 2015 autour d'Iraty puis pour quelques semaines, je l'espère, vers l'est...toujours vers l'est...

Mercredi 9 juillet 2015 

Un an après me voici de retour à Iraty pour reprendre le cour de cette traversée, trop vite avortée l'an dernier. Malgré tout, un an de kiné ne m'ont pas apporté beaucoup plus de certitudes et c'est assez dubitatif que je reprends le chemin car cette année m'a vu randonner avec tout un lot de douleurs diverses et variées mais je verrai bien.
Me voilà donc dans une chambre du gîte à l'atmosphère quasi-monacale, j'ai la soirée à tuer mais je n'ai qu'une hâte c'est le lever du jour pour enfin pouvoir partir. Je tuerai les heures qu'il reste à discuter avec 5 sympathiques randonneurs faisant pour certains un bout du GR, pour les autres la traversée intégrale. Puis je monte me coucher et j'ai du mal à trouver le sommeil tout autant à cause de l'excitation que d'un chanteur qui ne trouve rien de mieux à faire que des vocalises jusqu'à pas d'heures. Que demain me tarde !!!!!

Jeudi 10 juillet - Iraty/Ardané
Réveillé avant la sonnerie de la montre, je découvre la première mauvaise surprise de cette traversée, alors que le temps avait été annoncé beau pour toute la semaine et que cela fait plus d'un mois que l'on bat des records de chaleur, il y a du brouillard. Décidément, je ne suis vraiment pas verni niveau météo depuis deux ans. Des éclaircies étant annoncées dans la journée, je décide de passer par les crêtes du Pic d'Orhy. Je pars donc dans la brouillard ou je croise au bout de trente minutes un randonneur, censé être sur le GR10 et aller vers Saint Jean Pied de Port. L'un de nous deux est mal parti. Je pense que c'est lui et je lui conseille de redescendre vers les chalets. Je continue à suivre les indications du topo pendant 1h15. Le vent est fort sur la crête, le brouillard ne semble pas vouloir se lever, je suis seul avec un sac de 18kg...cela ne semble pas idéal pour aborder une crête sur laquelle il est dit qu'il faut faire attention. Prudemment, je décide donc de faire demi-tour et de revenir vers Iraty pour prendre la variante peu élégante comme la décrit Véron.
                                      les conditions sur la crête

9h00...me voilà  de retour à mon point de départ...2h pour rien...ça commence mal. Devant moi...12km de bitume pour rallier Larrau. J'arrive à 11h15 à Larrau, j’enchaîne sur une piste dont je ne sais pas si elle mène bien au pont d'Amubi, objectif annoncé sommairement par ma variante. Heureusement, quelques promeneurs croisés me confirmeront avoir vu un pont Amubi sur leur trajet. 

 Enfin une petite éclaircie vers 14h qui me permet d'apercevoir la crête de l'Orhy

Arrivé à Amubi, la journée galère continue. Je rate le chemin partant vers Ardané et j'entame la montée vers la cascade de Pista. Je ferai demi-tour quelques hectomètres plus loin mais je laisse encore du temps et de l'énergie dans cette histoire. Finalement, alors que je commence à désespérer, je tombe sur des personnes faisant du canyoning qui me montre une carte. Je finis donc par trouver le début du chemin d'Ardané, il est 15h...je n'ai toujours pas mangé, ni fait une pause et il me reste 2h30 de monter aux dires du topo.  Finalement, je fais une très bonne montée et je tombe sur cette charmante cabane à la sortie du bois vers 1100m.

La cabane est splendide. Elle a été rénovée en 2012 et dispose de tout le confort possible. Le groupement des bergers y laisse de la nourriture (compotes, pâtes, chocolat, condiments, des bougies, des allume feu, du bois sec, une pharmacie, les ustensiles de cuisine, des nappes sur les tables et même de la lecture et des jeux...
La source coule 20m sous le cayolar et le ruisseau passe juste en dessous...bref en un mot comme en cent, c'est un paradis. Le seul hic, c'est qu'il est 200m trop bas, le topo me donnant le cayolar d'Ardané à 1300m. Je monte donc jusqu'au second cayolar. La cabane n'a q'une fenêtre, elle est sombre et sale, ne dispose pas de bois. Le ruisseau qui coule à côté n'est qu'un filet d'eau et la source semble tarie. Il est 17h et je n'ai vraiment pas envie de passer la nuit ici. Je décide donc de retourner au premier cayolar.
17h30...la journée se termine enfin...mais quelle journée...30km parcourus...1700m de D+...10h30 de marche sans arrêts et sans manger. Je me pose donc dans ce havre de paix, trempe mes pieds dans le torrents, mange, me réchauffe au coin de la flambée que j'ai allumé. Cependant, j'ai des douleurs sous les pieds et aux tibias. Je devais démarrer par une petite étape pour me mettre en jambes, je crains de devoir payer ce périple dans les jours à venir.
 En attendant, je profite d'une exquise soirée en solo...le genre de soirée dont on rêve toute l'année en préparant sa traversée.
Un bijou de cayolar

Bonne petite flambée

La vue depuis de coin de paradis

Si vous pensez par là, n'hésitez pas à y faire une halte pour un moment ou pour la nuit mais surtout respectez ce lieu, il est assez unique dans les Pyrénées. Un tel confort après une grosse journée dans le brouillard, c'est inestimable.  Merci vraiment merci aux personnes qui gèrent ce site de le laisser accessible à tous, il serait tellement plus simple d'y mettre un cadenas, si cela pouvait faire des émules. En partant, je nettoierai le foyer, passerai un coup de balai et laisserai 5€ dans la boite pour le consommable que j'aurai utilisé pendant mon séjour...un vrai grand souvenir de ce début de traversée...

Etape 6 - Ardané/La Pierre Saint Martin
D+ : 1500m - 7h30


Magnifique Orhy que je reviendrai faire à l'occasion
En deux ans sur la HRP, c'est le premier jour de soleil. La montée vers Uthu est superbe avec des vues sur l'Orhy qui me font enrager d'avoir raté ça hier. Belhay, Bimbaleta, Ourdayté...les ports s’enchaînent, les vues sur les estives basques sont sympas...une matinée comme celle dont on rêve quand on prépare sa traversée.




L'Orhy s'éloigne

La vallée d'Aspe apparaît

Les gorges de Kakouetta





















L'arrivée sur la route Isaba-la Pierre à 11h marque un changement radical. Il fait chaud (+ de 30 °C) et j'ai devant moi 4h de bitume à avaler. Vers 13h, je mange le long de la route près d'un tunnel. Une douleur apparue la veille s'est réveillée depuis peu le long de mon tibia et je marche beaucoup trop sur le goudron à mon goût. Je me décide donc à ravaler ma fierté et à faire du stop...Entre 13h et 15h, deux voitures seulement passeront et aucune ne me prendra..j'arrive finalement au col de la Pierre au même moment que 3 voitures qui me doublent dans le dernier lacet...quand ça veut pas. Entre le col et la station les préparatifs pour l'accueil du tour mais également pour le Roncal battent leur plein. L'épreuve de la route Isaba-La Pierre a quand même été difficile et laissera, elle aussi, à n'en pas douter des traces.
Vue sur la vallé en arrivant à la Pierre

Par contre, à mon arrivée vers 15h je découvre un nouvel aspect très appréciable de ma traversée : le partage. Je n'ai été jusqu'alors que seul dans des cabanes (Etxalar, Ardané) ou à l'hôtel avec ma femme et ma fille. Là, au refuge Jeandel, on discute entre randonneurs. les rencontres sont plutôt conviviales. Une soirée aux antipodes de la solitude d'hier mais que j'apprécie pleinement. Je pensais être seulement venu pour la solitude en partant tout seul, finalement je découvre aussi bien apprécier les échanges. Le Jeandel est, ce soir là, une tour de babel avec des anglais, des normands, des bordelais, un américain, des bretons et...un espagnol. C'est en tout cas ce que m'annonce mes 3 camarades de chambre de Normandie. Assis en face de l'espagnol à table, je suis ravi de pouvoir utiliser la langue de Cervantes. Or lorsque j'entame la conversation le monsieur m'avoue dans un bon français être suisse allemand. Son surnom d'espagnol venait du fait qu'il ne parlait pas aux autres mais qu'à chaque fois en partant au lit le soir il saluait les autres en leur disant : "Buenas noches, Hasta manana », d'où la méprise sur sa nationalité. Je rencontre aussi un premier hrpiste, très sympa qui a fait Iraty-La Pierre dans la journée. Il a, du coup, décidé de s'accorder une journée de repos le lendemain au Jeandel, je ne le recroiserai donc pas. J'espère qu'il a pu aller à Luchon comme il le souhaitait.

La soirée se passe autour de quelques bières pour fêter le départ des 3 normands qui s'arrêtent là et d'un petit morceau de guitare. Malheureusement, le brouillard qui tombe en fin de soirée, nous fait vite regagner nos lits. En espérant qu'il soit dissipé d'ici demain...

Etape 7 - La Pierre Saint Martin/Lescun

D + : 650m - 6h30

Perdu...le brouillard est bien épais ce matin. Je traverse les arres de Camplong sans rien voir du superbe paysage karstique et en ayant causé la peur de sa vie à une marmotte qui ne m'avait pas vu arriver. Finalement, je passe au-dessus de la mer de nuages vers 1800m entre le Soum Couy et le pas de l'Osque mais pour mieux y replonger ensuite. Dommage les vues promettaient d'être superbes.





























Le Pas de L'Osque : premier passage de la traversée où on pose un tout petit peu les mains

























Le pic d'Anie se dévoile



Petite séquence émotion en passant à Labérouat, centre de vacances où je venais en 6e faire des classes de ski. Le batiment est toujours là, toujours occupé par des groupes de jeunes. Les installations du tire fesse sont, elles, rouillées et laissées à l'abandon. Je m'aperçois au passage que cela était, y'a...25 ans. Ah ouais quand même, ça nous rajeunit pas...


La descente entre Labérouat et Lescun est, par contre, un calvaire. La douleur au tibia se fait de plus en plus présente et commence à m'inquiéter. Je rattrape sur la fin un grand-père, son fils et ses deux petits fils. Ces quatre bordelais font le GR par tronçon et s'arrêtent demain à Etsaut. J'espère que les trois générations auront le temps de voir Banyuls tous ensemble dans quelques années, souvenir familial impérissable qui les marquera tous pour longtemps j'en suis sûr.
J'arrive au gîte le Lauzart. Je partagerai le dortoir avec 9 espagnols déjà en groupe. Je ne retrouve pas non plus mes compagnons d'hier soir, la plupart s'étant arrêtée à Lescun. Je passe donc l'après-midi seul. Le repas est servi par réservation. Je mange donc également seul, un très bon repas, très copieux. Et c'est au cours de cet après-midi et de ce repas que la décision s'impose à moi d'arrêter à nouveau la traversée. Je ne veux pas marcher avec des douleurs qui gâchent le plaisir et surtout je ne veux pas aggraver mes problèmes. J'en informe donc mes proches. C'est mon père qui viendra me chercher demain à Etsaut car l'étape du lendemain étant courte, je décide tout de même de la faire pour au moins arriver au même nombre de jours de marche que l'an dernier.

Mon humeur est morose comme le temps. Je ne suis pas capable de marcher plus de 4 jours d'affilée à mon âge quand un papi de 72 ans finit vaillamment ses 6 jours. A ce rythme de 4 étapes par an, il me faudra...11 ans pour faire ma traversée...

Etape 8 - Lescun/Etsaut

D+ : 800m - 5h00


C'est à nouveau la brume et même un peu de crachin qui m'accompagnent ce matin. Je rejoins tranquillement le plateau de Lers et attaque franchement le col de Barrancq, seule difficulté de la journée que je gravis en 1h10 , preuve s'il en était besoin qu'hormis ce problème de tibia, la caisse est là et les jambes tournent bien.

La montée à Barrancq a été rapide

 J'ai la chance comme hier de passer au dessus de la mer de nuages vers 1500m une fois au col et je bénéficie d'une vue magique sur l'Ossau, deuxième grand objectif de la traversée après l'Orhy que j'ai déjà râté. 






Je descends ensuite au milieu des fougères vers Etsaut où j'ai bien l'intention de revenir dans quelques jours car à l'inverse de l'an dernier, j'ai bien l'intention de reprendre le cours de ma traversée durant l'été.
Borce et Etsaut



Quelques jours plus tard, me voilà remis sur pieds et prêt à repartir. Mon médecin a traité une inflammation des périostes situés le long du tibia. Je ne connaissais pas avant cet épisode mais c'est très douloureux. En fait, la douleur se propage le long du tibia à l'impact et à chaque fois que vous relevez les orteils c'est à dire sur une journée de rando presque tout le temps. J'ai aussi de nouveau consulté la podologue pour lui faire part de mes suspicions sur ses semelles, elle m'a conseillé de repartir avec une paire basique du commerce. C'est donc affublé de mes nouvelles semelles low-coast que je demande à ma compagne de me déposer à Etsaut un matin. Oui mais voilà, en pleine ligne droite sur la nationale entre Gan et Oloron, ma compagne est prise d'une crampe, elle freine brusquement, ce qui surprend inévitablement la conductrice de derrière qui vient s'emboutir dans notre coffre. Pas de blessés, heureusement mais de beaux dégâts matériels (surtout pour la voiture de derrière, une belle frayeur et un départ reculé de quelques heures. Je commence vraiment à me dire que je suis maudit et que cette traversé ne doit peut être jamais avoir lieu. C'est aussi l'avis de ma compagne qui me propose de faire demi-tour. Mais non, moi, JE VEUX TRAVERSER LES PYRENEES Alors, finalement, elle me dépose à 11h15 à Etsaut par une chaude journée d'été...la montée au col d'Ayous risque d'être rude
. En attedant, c'est le chemin de la mâture qui m'attend, passage qui m'a fait préféré le GR10 à la HRP pour quelques jours car comment peut-on traverser les Pyrénées en privilégiant le Somport à la Mâture et à l'Ossau ?????

Etape 9 : Etsaut/Refuge d'Ayous

D+ : 1600m - 5h30

J'attaque donc le chemin de la Mâture sous une grosse chaleur.




Le Fort du Pourtalet
 Je débouche finalement sur la cabane de Baigt de Saint Cours où je déjeune avec une belle vue sur le massif de Sesques. 

Le Massif de Sesques
Je continue ma montée jusqu'au col d'Ayous où l'Ossau vous met immanquablement une grande claque dans la figure même quand vous savez ce qui vous attend.
Qu'il est beau !!!


 Comme il est tôt, je décide de m'offrir en supplément le pic d'Ayous et ses jolies vues sur les lacs. J'arrive finalement au refuge vers 17h après une belle journée de montagne. Premier bain et première lessive de la traversée dans un lac ce qui deviendra au fil des jours un rituel.
Roumassot, Miey, Gentau + le refuge

Gentau et Bersau
Je n'ai aucune douleur et cela sera le cas pour tout le reste de l'été. C'est donc à partir de cette étape que vous ne disposerez plus du bulletin de santé quotidien, place au plaisir pur.

L'accueil au refuge d'Ayous est cordial même si c'est un peu une usine à touristes. L'ambiance est tout de même bonne. Nous fêtons les 5 ans d'un petit garçon tout fier que tout le monde chante en son honneur à la fin du repas. Pour l'occasion, il a revêtu la panoplie complète de Spiderman.
Je dîne à côté d'un anglais à l'humour très...british. Il est sympa, il ne boit que du vin, a eu du mal à monter jusqu'au refuge du fait de son embonpoint prononcé et fait un sort à l'excellent Axoa qui nous est servi...aie...aie...aie...il ne va pas faire bon se retrouver dans son dortoir.

En attendant, alors que nous sortons tous après le repas pour profiter d'un coucher de soleil idyllique sur l'Ossau,






Francesco vient me trouver. Il m'explique qu'il est photographe professionnel et qu'il réalise des photos de montagne qu'il revend ensuite aux magazines spécialisés. Il trouve que ma traversée dont nous avons parlé à table colle bien avec l'image qu'il veut réaliser. Il me propose donc d'utiliser ma silhouette pour ses photos et me propose à la fin de la séance de m'envoyer les photos par mail une fois qu'il les aura travaillées. Le résultat m'a surpris...je vous laisse le découvrir.






Viens ensuite le temps d'aller se coucher. J'ai hérité de la pire couchette du refuge...celle dans la sous pente pour ceux qu connaissent. Là où l'affaire se corse, c'est que mon voisin de paillasse est notre anglais qui ronfle déjà joyeusement quand je vais me coucher. La place qui m'est dévolue est donc restreinte. J'essaie de rentrer dans ce minuscule trou par les bras puis par les jambes, sous l’œil amusé de mes voisins de chambrée, mais sans réussite. Finalement, las, je vais squatter une couchette en face d'où personne ne viendra me déloger.

Etape 10 - Refuge d'Ayous/Refuge de Pombie

D+ : 1350m - 7h

Depuis mon arrêt à Etsaut, j'ai pris une grande décision : celle de prendre mon temps. Peu importe que je termine ou pas cette traversée cette année, je veux profiter de la montagne sans me prendre la tête et surtout sans renoncer à mes envies pour des contraintes temporelles. J'ai, du coup, dédoublé certaines étapes que j'avais groupé dans mon plan initial et surtout j'ai repris ma canne à pêche que j'avais décidé de laisser pour gagner du poids. J'aime la montagne et la pêche et combiner les deux, est un vrai plaisir.




Ce matin, je pars donc vers 7h30 pour une petite étape qui va me mener au refuge de Pombie. Je m'arrête une heure au Bersau où je râte deux poissons dont une belle qui se décroche. Puis je descends vers le Casterau où je fais d'abord un Saumon de fontaine. Je fais enfin monter un très beau poisson qui prend tout de suite le fond. Je la remonte un première fois à la surface, elle fait dans les 40-45cm. Elle sonde une deuxième fois et n'est pas facile à brider. Je remonte une deuxième fois le poisson à quelques mètres de moi. Elle semble basculer sur le côté, signe qu'elle semble se résigner. Je saisis ma canne et ma soie dans la même main et je m'accroupis...c'est ce moment que choisit la truite pour sonder une dernière fois...et là c'est la casse. J'éructe au bord du lac, lance ma canne, enrage...
De colère, je reprends la marche. J'indique le chemin à un breton et son fils qui dormiront ce soir à Pombie et avec qui nous passeront une grande partie de l'après-midi à discuter aux abords du refuge. Sympa...
Je croise aussi de nouveau Spiderman et ses parents. Ils me racontent que c'est sa première rando sans le porte bébé. A 5ans, réaliser le tour des lacs d'Ayous, c'est quand même un bon début. J'encourage et félicite l'apprenti montagnard, fier comme un bar-tabac, non sans une pensée pour ma fille qui a aussi 5 ans et avec qui nous avons réalisé son premier sommet le Mont Aspet juste avant que je parte pour cette aventure.
La journée est belle malgré quelques nuages. Le vent qui s'est levé fait aussi que la température est moins élevée qu'hier. Une bonne journée pour randonner en somme. Je m'arrête à la cabane de cap de Pount pour acheter du fromage aux bergères fort sympathiques. Il m'accompagnera pendant près de 8 jours. Il est très bon, je vous le recommande.
Arrivé au col de Peyreget, il est encore tôt, j'ai du jus et je m'offre donc le pic de Peyreget. La vue sur les lacs d'Ayous est jolie mais le vent me pousse à vite prendre la direction du refuge.
L'Ossau depuis le pic de Peyreget

Les lacs d'Ayous

J'arrive enfin au refuge de Pombie et vais faire ma traditionnelle lessive/toilette au lac (je n'apprendrai que plus tard qu'il est possible de se doucher pour les HRPistes mais tant pis je commence à devenir addict de mon petit bain).
Je prends l'apéritif avec un prof réalisant la HRP, on se reverra d'ailleurs le lendemain autour d'Arremoulit.
Le refuge de Pombie
Puis je me retrouve à table avec un couple allemand et leurs 3 filles de 11 à 17 ans. Ils font un trek de 3 semaines dans les Pyrénées en portant chacun entre 15 et 25 kilos et semblent tous y prendre du plasir. Hallucinant...
Et puis, il y a Bernard et Jacques, deux lyonnais de 68 et 62 ans réalisant un bout de HRP de Saint Jean Pied de Port à Gavarnie. Nous réalisons que nous allons nous suivre pendant quelques soirs et la discussion qui s'engage sera la première d'une série où nous évoquerons les montagnes pyrénénennes bien sûr mais où nous referons aussi le monde comme il est de coutume là-haut. J'apprécierai vraiment leur compagnie car bien qu'étant d'un certain âge, ils fourmillent de projet comme le GR 5 que je leur souhaite de réaliser. Ils sont ouverts au dialogue et n'écrasent pas leur interlocuteur sous le poids de leur savoir ou expérience comme cela peut parfois être le cas à cet âge. Bref des gens sur qui le temps n'a pas de prise...vraiment agréable.
La nuit est moyenne, notamment à cause d'un pétomane sans gêne...et oui c'est aussi ça les refuges...

Etape 11 - Refuge de Pombie/Refuge d'Arremoulit

D+ : 1100m - 6h



La descente sur le caillou de Soques se fait dans le brouillard. Je fais ma toilette sous le pont en dessous du caillou de Soques sans m'éterniser vu la température de l'eau. Puis c'est la longue remontée vers le col d'Arrious. Arrivé au col, le temps semble se lever et j'ai bon espoir de passer le passage Orteig sans brouillard.
Le col d'Arrious

 Je m'engage au-dessus du lac d'Arrious, le temps se rebouche, le froid me saisit, j'attendrai bien une éclaircie mais je suis assez mal placé en plein vent. Tant pis, je franchis donc le passage dans le brouillard. A noter d'ailleurs qu'hormis 1 ou 2 passages, je trouve la main courante inutile voire même dangereuse car détendue, elle traîne parfois dans nos pieds et il faut être vigilant pour ne pas se prendre les pieds dedans. 
Le passage Orteig


























Je mange après le passage, le temps se découvre. La journée se passera d'ailleurs ainsi en brouillard et franches éclaircies.
L'Ossau toujours aussi imposant


J'arrive tôt à Arremoulit. L'accueil par les gardiens Eric et Rozenn est comme d'habitude excellent. Je les avais occasionnellement côtoyés quand ils étaient à Barroude et je suis ravi qu'ils aient retrouvé un refuge.

Le refuge d'Arremoulit
L'après-midi sera consacré à la pêche car je sais que leurs filles aiment le poisson. Malheureusement, je n'attraperai qu'une truite. Ce qui me vaudra tout de même comme souvent une attention de la part de Rozenn.

L'Arriel
La soirée est bonne avec des aspois sympathiques venus faire le Palas ainsi qu'avec Bernard et Jacques. La nuit est plus chaotique même si j'hérite de la couchette individuelle grand luxe à côté des cuisines. Mais mes quatre voisins espagnols entassés sur la tranche dans une petite couchette passeront sans préavis des « joder...hostia... » qui me font bien marrer aux ronflements qui me tiendront éveillés.

Etape 12 - Refuge d'Arremoulit/Refuge Wallon

D+ : 1100m - 8h


Le Lurien

Le Balaïtous


Le Palas

Respumoso et Grande Fache


Campo plano et Grande Fache



J'attendais cette étape avec impatience. Elle a été magnifique. D'abord la vue sur le Balaïtous depuis le col d'Arremoulit, puis la vallon d'Arriel qui est de toute beauté, le passage par Respumoso et Campo plano que je n'ai pas trouvé si dénaturé et horrible que ça bien au contraire, la montée au col de la Fache le long du torrent et enfin la longue descente vers Wallon en découvrant un à un les lacs de la Fache, tout dans cette étape a été un enchantement. De plus, il fait chaud et beau, des conditions idéales. Je mange les pieds dans l'eau au bord d'un des lacs de la Fache, le bonheur. Le seul bémol sera peut être de n'avoir pas eu le temps de faire la Grande Fache. Mais en étant à 13h au col sans avoir mangé et affublé du gros sac, j'ai préféré renoncer., l'étape étant déjà assez longue. Vivant à deux pas, j'aurai de toute manière l'occasion de revenir.
L'arrivée au Wallon est par contre une grosse claque. C'est plus de l’hôtellerie de montagne qu'un refuge à proprement parler. Je me lave au ruisseau en contrebas, avale ma crêpe quotidienne médusé par les comportements que je peux voir (courir pour être le premier à avoir sa crêpe) ou par ce que je peux entendre (vous servez pas en terrasse?).
L'arrivée de Bernard et Jacques me détend. Ce soir, on double la tournée de bières puis on reste un bon moment à échanger sur la terrasse après le repas car c'est normalement la dernière soirée que l'on passe ensemble. J'ai réservé à Bayssellance pour demain, eux n'ont pu avoir deux places qu'aux Oulettes, nos chemins se quittent donc là.

La blanquette de veau pour 110 personnes est plutôt une réussite. Par contre, la nuit est médiocre. Je dors dans le dortoir au dessus de la partie hiver quand même bien délabré. Et puis, dans l'après-midi, j'ai vu arriver un randonneur d'un certain âge, au visage empourpré par l'effort et avec un certain embonpoint. J'ai commencé à croire à une forme de malédiction. Après mon anglais d'Ayous, cela ne fait plus aucun doute. Il dort juste en face de moi et il usinera une grande partie de la nuit. Vivement Gavarnie que j'achète des boules quies...

Etape 13 - Refuge Wallon/Refuge Bayssellance

D+ : 1500m - 7h30


Le départ, ce matin, se fait dans le brouillard. Puis, je passe comme souvent au-dessus de la mer de nuages à partir du lac d'Aratille. Je m'arrête pour pêcher au lac du col d'Aratille. Les poissons étant coopératifs, je resterai deux heures à pêcher pour une quinzaine de saumons de fontaine dont un dans les 30cm... Un régal..
Bernard et Jacques devant le lac du col d'Aratille
Avec la montée du soleil, les poissons gobent moins. J'en profite pour m'offrir un bain et une petite toilette au lac. Alors que je m'apprête à repartir, je vois arriver Bernard et Jacques. Nous finissons les derniers mètres jusqu'au col d'Aratille ensemble puis nous nous disons au revoir pour la deuxième fois, la dernière normalement.

Le Vignemale

La traversée col d'Aratille-col des Mulets 
Lors de la traversée vers le col des mulets, je tombe sur une marmotte au milieu du chemin en train de manger les restes d'un en-cas de randonneur. Je lui lance des cacahuètes, qu'elle mange. Elle n'est plus qu'à quelques mètres mais finira par s'enfuir quand je lui proposerai de manger les cacahuètes directement dans ma main.
La marmotte de l'apéro...

Ensuite, je descends aux Oulettes où je mange avec une vue toujours aussi époustouflante sur la face nord du Vignemale. La remontée sur la hourquette Ossoue se fait dans la chaleur de l'après-midi.
Je m'en lasserai jamais
J'arrive finalement à Bayssellance où je passerai la soirée avec un couple basco-béarnais s'offrant son premier Vignemale. C'est aussi l'occasion de m'exaspérer de nouveau des réflexions de certains de mes compatriotes. En effet, sans généraliser, le randonneur français a quand même la palme de la râlerie et du jugement à l'emporte pièce. J'ai croisé un nombre de personnes formidables au cours de cette traversée mais les quelques personnes désagréables étaient toutes françaises. Ainsi, à Bayssellance, c'est la réflexion faite au gardien « Avec toute l'eau qu'il y a dans la montagne, vous êtes pas foutus de mettre une douche » qui m'exaspère. Plus tard, ce sera quand mon voisin de table se penchera vers moi au petit déja en me disant « Le gardien, il boit non ? ». Je sais pas et je m'en fous, il est sympa et compétent, c'est tout ce qui m'intéresse.


Les danois, les anglais et les espagnols croisés n'ont jamais exprimé ce genre de réflexions. Il est, par exemple, de coutume de se plaindre du bruit de nos voisins ibériques mais au moins ils ont une forme de joie de vivre et même quand ils se plaignent de la chaleur ou de l’exiguïté du refuge, ça chante et pousse à sourire. D'ailleurs, fort de ces anecdotes, j'abrégerai deux ou trois conversations plus tard dans la traversée avec des français me disant « on n'a pas dormi hier soir...y'avait des espagnols au refuge...vous savez comment c'est... ». Mon « Certes mais... » suivi de l'argumentaire que je viens de vous exposer mettra irrémédiablement fin à ces conversations.





Etape 14 - Refuge de Bayssellance/Gavarnie

D+ : 400m - 5h15


Aujourd'hui, c'est petite étape et ravito à Gavarnie. La descente vers Ossoue à la fraiche est très agréable puiss je retrouve le brouillard à la cabane de Lourdes jusqu'à Gavarnie. 


L'arrivée à Gavarnie en plein festival me laisse étourdi. La ville est en plein festival et il y a du monde partout. Je ne me sens pas mal à l'aise de retrouver la civilisation, je ressens juste une impression de décalage. Je retrouve avec bonheur ma femme et ma fille venues pour l'occasion. Comme il est impossible de se garer, nous remontons jusqu'aux granges de Holles. Le gardien, très sympa et avec qui nous échangerons sur mon projet, a préparé de supers lasagnes pour le soir. Il accepte de nous faire manger. Le programme de l'après-midi se compose donc de lasagnes à l'ombre dans le parc des granges puis baignade avec ma fille dans le ruisseau en contrebas du refuge. Une vraie belle après-midi détente qui ressource. Alors que nous remontons du ruisseau vers la voiture, nous tombons sur...Bernard et Jacques...qui arrivent à peine. Ils font connaissance avec ma petite famille et ma compagne leur propose de les descendre jusqu'à Lourdes en fin d'après-midi plutôt que de les laisser prendre le bus.
Ossoue

Piméné

Nous allons ensuite au gite le Gypaète où je serai très bien reçu. La douche et le rasage marquent le retour à la civilisation et sont un vrai bon moment. Ma femme et ma fille parties et les troisièmes adieux avec Bernard et Jacques faits, je me balade dans Gavarnie où mon seul "craquage" se fera sur des bonbons, preuve peut-être qu'il ne me manque finalement pas grand chose quand je suis là-haut.
Je mange avec des Gantois et des Palois qui s'en vont faire le Vignemale par la Moskowa le lendemain. L'un d'entre eux est guide et me reconnaît. Nous nous sommes croisés à Pombie, il y a quelques jours où il amenait des clients faire l'Ossau. La montagne est finalement un petit microcosme.

Etape 15 - Gavarnie/Piau Engaly

D+ : 2300 m - 11h


La fatigue doit commencer à se faire sentir car je me rendors malgré le réveil à 6h. 
6H30...je suis réveillé par l'odeur du pain grillé. La journée démarre très, très bien.

Je traverse Gavarnie au petit matin après un très bonne nuit. Tout est calme. L'aube est toujours pour moi un moment super agréable pour marcher. D'abord, il fait bon mais surtout il y a un calme, une douceur. Le matin, on prend le temps, les minutes ne se pressent pas comme en fin de journée où il faut toujours finir ce que l'on n'a pas eu le temps de faire même si on l'avait prévu. 
Et puis le matin est plein de promesses. En ce moment, les promesses du matin sont un beau point de vue, l'observation d'un animal ou une rencontre. Le matin, c'est l'inconnu, c'est excitant.
 Le soir, je fais le bilan ; le matin, je me projette. Et je préfère clairement le second au premier.
Refuge des Espuguettes
Le cirque

Le sac s'est un peu alourdi car j'ai également pris la tente en prévision des jours à venir où le bivouac est prévu à Heas, Barroude ou au Rioumajou. Toutefois, je monte d'un bon pas et sans le décreter vraiment, je monte la hourquette d'Alans à un rythme soutenu puisque j'y arrive en 2h depuis le gîte. C'est d'ailleurs à partir de cette étape que je me rends compte réellement que je commence à être en forme et que j'ai pris un rythme de croisière. En fait, pour être exact, j'ai deux rythmes distincts. Il y a celui que j'appelle le « petit rythme qui va loin » et puis il y a le « gros rythme qui va vite ». J'ai souvent pris mon temps dans cette traversée mais je me suis parfois accordé le petit plaisir d'une montée rapide. Car j'aime aussi ce côté physique de la montagne. Je recommencerai ce genre de montée encore 2 ou 3 fois durant cet été. Je suis content aussi car cela prouve que je récupère bien et les douleurs du début ne sont qu'un lointain souvenir hormis mes pieds en compote à cause des trango cube mais j'ai prévu de récupérer mes himalaya au prochain ravitaillement. Elles sont plus lourdes mais j'y suis comme dans des chaussons.

L'arrivée aux Gloriettes est un choc bien plus grand qu'à Gavarnie. J'avais découvert ce site grandiose un mois de juin pour aller au Piméné. Je le retrouve avec des baigneurs, des parasols, des gens en maillot qu se crèment sur des serviettes. Une horreur... Là, j'ai envie de fuir. Ce cirque est si beau. Je croise même un papi parti pour Tuquerouye sans équipement et qui se plaint que les chemins ne sont pas assez balisés. Je lui conseille de ne jamais aller en Ariège ou au Pays Basque et je lui dis que je trouve qu'un sentier de 1m50 de large me semble déjà un luxe.
Cirque d'Estaubé

Je mange aux Gloriettes puis arrive sur le parking qui est plein à craquer...plus une place de libre. J'ai choisi de ne pas passer par Troumouse car une dégradation météo est prévue pour les deux jours à venir, ce qui élimine le passage par le col de la Sède. 
Depuis mes étapes à Larrau et la Pierre et les inflammations qui s'en sont suivies, je me suis promis de ne plus marcher sur la route. Je fais donc du stop. La première voiture est la bonne. Une parisienne me descend jusqu'à l'embranchement d'Héas. Le temps de descendre de la voiture, je tends de nouveau le pouce et ce sont deux normandes ayant aussi réalisé un bout de traversée qui me prennent et me déposent à la chapelle de Héas.
Il est 13h. Je sus normalement au terme de mon étape du jour. Mais comme la météo tourne demain et que j'ai la forme, je décide de m'avancer un peu. Je commence donc sous le cagnard, la montée vers la hourquette de Héas. J'arrive dans un premier temps à la cabane d'Aguila mais il est encore tôt. A 15h30, je suis à la cabane des Aiguilous où j'ai prévu de dormir. Un panneau sur la porte « cabarne réservée » ne me donne pas envie de rester là. Et puis la hourquette me tend les bras.En fait, au fur et à mesure de cette journée, une idée a germé dans ma tête : m'offrir une journée de repos à la maison vu que j'habite juste au débouché de la vallée d'Aure.
A 16h30, j'atteins la hourquette de Héas en même temps que le brouillard. Le téléphone passe, chouette ! 
«- ça vous dirait de passer la soirée avec moi ?
-oui
-Alors RDV dans 2h à Piau... »

Le Gerbats se couvre
Je descends pendant deux heures dans le brouillard et sous la pluie sur des sentiers heureusement bien balisés et surtout que je connais bien pour avoir fait le pic de la Géla ou le Soum des Salettes. Je retrouve finalement ma petite famille plus tôt que prévu après une sacrée étape que j'ai digéré sans problèmes. 
"ça s'est légèrement voilé..."


J'ai le sourire (ça se voit pas sur la photo ci-dessus), le cœur léger...ça y est je suis dans le cœur de mon aventure.Et puis, il y a tous ces encouragements au détour du chemin par les gens croisé s et avec qui on a échangé. Je n'y prêtais pas attention au début,  maisaujourd'hui j'y suis sensible et ils me donnent de vrais coups de fouet.





Je resterai deux jours à la maison à attendre que la dépression passe. D'autres hrpistes croisés par la suite auront fait de même à Gavarnie ou Parzan. J'ai eu le nez creux d'allonger l'étape car il tombera en une journée l'équivalent de deux mois de précipitations sur Gavarnie. Le Rioumajou où j'étais censé arriver pendant ces deux jours sera même évacué du fait de la montée des eaux.

Etape 16 - Piau Engaly/Barroude

D+ : 800 m - 3h45


Le samedi à 11h, ma compagne me dépose donc à Piau...il bruine et il  y a du brouillard. Au moins niveau météo y'a une continuité car c'est le même temps que lorsque je suis arrivé mercredi soir.
 En fait, je n'arrive pas à décoller. J'ai un gros moment de solitude : « Pourquoi tu fais ça ? T'es pas payé, t'as rien à prouver...t'as vraiment envie de randonner dans le brouillard et d'aller te cailler tout seul ce soir à Barroude ? »
Un toulousain dans la brume...

Heureusement, que le sac avec le ravitaillement pour 8 jours est lourd et que j'ai la flemme de l'enlever car j'ai vraiment envie d'attraper le portable pour appeler ma compagne et lui dire de venir me rechercher. Au bout de quelques minutes passées là comme un gland, je me dis que maintenant elle est trop loin pour que je la rappelle et tant qu'à avoir des chaussures de rando aux pieds et un sac sur le dos, j'ai qu'à marcher. J'arrive à la hourquette de Chermentas sans vraiment avoir conscience du temps qui vient de s'écouler depuis le départ, je suis un peu en mode automate et là le ciel se déchire et laisse percer les sommets. Je me pose sur un caillou pour manger et replonge tranquillement dans mon quotidien de randonneur au long cours.
ça se déchire sur la hourquette de Héas !

 Puis arrivent deux toulousains, Maxime et Grégory, pas montagnards pour deux sous, qui ont longtemps hésité entre un week-end farniente et un week end montagne. C'est le premier duo de potes « pas vraiment montagne » que je croise, il y en aura dans les jours qui viennent une petite série. A vrai dire, j'apprécierai beaucoup ces rencontres avec des gens dont la montagne n'est pas forcément le milieu. Les conversations sont variées, la curiosité souvent naturelle, c'est plaisant. A l'inverse, certaines rencontres avec des « montagnards » m'ont rapidement ennuyé car les sujets tournent vite autour du matériel pour savoir quel est le sac le plus léger ou le duvet le plus chaud ou de la petite guerre d’egos pour savoir qui a la plus grosse...expérience en montagne bien entendu... A vrai dire, ni l'un ni l'autre de ces deux sujets ne me passionnent vraiment. Mes deux toulousains sont donc bien équipés. Ils sont allés chez decathlon dans la semaine et les sacs, les chaussures sont rutilants. Ils ont même acheté un lancer pour pêcher avec une boite des leurres énormes de toutes les couleurs. Les truites n'ont qu'à bien se tenir. Ils ne savent pas qu'il faut un permis et compte sur moi pour attraper un poisson afin de pas rentrer bredouille et d'entendre les quolibets des copains. Par contre, niveau logistique alimentaire, ils sont pas mal. Des boites de pâté, un régime de banane et...un bidon de 5L d'eau...
Je pars devant car ils se traînent un peu avec leurs sacs bien lourds. L'arrivée à Barroude, dans un atmosphère blafarde, est un choc. Les restes du refuge calciné, les tôles dispersées ça et là et le bruit du vent sur les débris donnent un air lugubre au site d'habitude si enchanteur. On se croirait presque dans un vieux film d'horreur des années 80. Il faudra quand même que le parc fasse quelque chose avant qu'une tôle, emportée par le vent, ne blesse quelqu'un. C'est aujourd'hui un vrai danger lorsqu'on passe dans ce secteur. Maxime et Grégory me rejoignent, nous décidons de planter la tente ensemble près du petit lac.
Triste refuge 




Barroude


Le reste de l'après-midi est consacré à la pêche (enfin si on peut appeler ça comme ça...) Nous réussissons quand même à avoir une touche grâce à une sauterelle mais la truite sera manquée. Le soir nous offre une magnifique mer de nuages. Malgré le coup de rouge offert par mes deux acolytes nous rejoignons rapidement les tentes car le thermomètre affiche 7°C et ils ne sont pas équipés pour ça. Ils n'imaginaient pas qu'il pouvait faire cette température au mois d'août y compris en montagne. 





Etape 17 - Barroude/Refuge d'Urdiceto

D+ : 2200m - 11h




C'est la grande étape que j'attendais. Celle de la HRP88 et qui a fait que j'ai attendu des conditions favorables pour ne pas y renoncer. La première bonne nouvelle quand je sors de la tente est qu'il fait très beau. Je plie et range tout en 50min...pas mal efficace. Je laisse un petit mot à mes deux compères qui dorment encore pour les remercier de la journée que nous avons passé hier et c'est parti pour la journée « ports et pics (épique) ».


Sommet du Port Vieux

 Je monte au port Vieux et moi qui me désolais de n'avoir pas encore vu d'isards de près depuis le début de la traversée, je suis comblé puisque je surprends deux chevrées de part et d'autre de la crête. Je décide de descendre du pic toute crête mais je bloque sur un ressaut que je n'ose pas essayer de franchir avec le gros sac.




La crête du Port Vieux

Le ressaut sur lequel je buterai...littéralement


 Je remonte donc sous le sommet puis contourne par le versant espagnol. Je passe au port vieux, au pic de l'aiguillette, au pic de Marioules puis débouche au port de Bielsa après 3h de rando. Suivront le pic de Bataillence (4h), les ports d'Hechempy et de Salcroz et enfin le port du Moudang atteint en 6h. (Je donne les horaires pour les futurs candidats hrpistes car j'avais rien trouvé sur cette étape en préparant ma traversée). Les vues tout le long de cette crête sont splendides tant du côté espagnol que du côté français. Le coin est sauvage, je n'y croiserai que deux randonneurs à Bataillence contre 4 ou 5 chevrées d'isards. Le contourrnement de Marty Caberrou se fait bien, bref je ne comprends pas pourquoi la HRP ne passe pas par là quitte à proposer la piste d'Urdiceto en variante sûre. Il y a en plus moyen d'éviter la descente peu évidente versant Rioumajou en rattrapant le vallon de Trigoniero depuis le port du Moudang.
La suite de l'itinéraire vers Marty Caberrou

Le chemin parcouru...


L'Arriouère...
...se...
...rapproche

Lac d'Hechempy



 Pour ma part, je monte sur la crête entre Lia et Arriouère et me retrouve face à un cruel dilemme. J'ai envie de faire depuis longtemps l'Arriouère sans jamais en avoir eu l'occasion et aujourd'hui il est là. Il me tend les bras. Seulement, il est 14h et j'ai encore du chemin à effectuer. Je fais donc un tableau avec les + et les – dans ma tête.
+
-
Faire un pic dont j'ai envie depuis longtemps Il est déjà 14h.
J'ai déjà 1500 m de D+ dans les jambes
La descente que je viens d'aller repérer à l'air rude et va demander du jus
J'aimerais bien arriver ce soir à Urdiceto et pour ça faut pas que je m'éparpille
J'habite pas loin et je peux revenir quand je veux
OK...victoire du non par KO

Je me jette donc au sens littéral du terme dans la descente. Les 50 premiers mètres sont très raides, un peu croulants. Avec le gros sac...Ambiance. Heureusement, on trouve très vite un balisage orange qui nous guide dans l'immensité de cette montagne de l'Estat. Sans ces traces, le cheminement serait mal aisé à trouver même par temps clair. Inutile de vous préciser que le coin est très sauvage. On voit ensuite rapidement en contre bas l'Hospice du Rioumajou...mais on y arrive jamais. Cela m'a paru très long.
Le début de la descente versant Rioumajou...

Vu de plus loin...

Le Rioumajou...

Initialement, je devais dormir au Rioumajou mais le mauvais temps prévu mardi me pousse à prévoir deux grosses journées pour pouvoir s'il le faut m'offrir une journée de repos. De plus, je n'ai aucune envie comme cela était prévu de monter au port de Cauarère demain, trop croulant. Mes souvenirs de l'ascension du Batoua sont encore bien frais dans ma tête.. Le nouveau plan est donc d'aller rechercher la HRP à Urdiceto. Pour cela, je cherche un moyen de rattraper le chemin du port d'Urdiceto sans redescendre jusqu'au Rioumajou. Sur la carte, aucun chemin ne semble exister. Vers 2000m, je me décide pourtant à lâcher les balises pour suivre une sente à brebis à flanc. La sente contourne une première barre...ça sent bon...ou pas. Elle se perd finalement mais en ayant été tout de même assez longue pour me dissuader de faire demi tour. C'est donc parti en mode sanglier dans les rhodos et les bruyères jusqu'aux genoux. Je descends dans la forêt, remonte pour contourner une petite barre, manque de provoquer une crise cardiaque à un isard, passe une ou deux fois au travers des rhodos et me rétame lamentablement...tout ça dans une atmosphère bien, bien estivale. Je retrouve le sentier du port vers 1950m...je suis cuit.
A 2000m, j'en peux plus et décide de m'arrêter là poser la tente. Je repars finalement après quelques minutes. A 2200m, rebelote... mais là ça devient sérieux, je décroche carrément la tente du sac. Mais je repartirai encore une fois pour finir l'étape...au mental.

Je serai toutefois récompensé de mes efforts en arrivant à Urdiceto. J'ai le droit à un bon bain et au refuge de 25 places pour moi tout seul. Enfin, au 1er étage car le RDC est inondé sous 5cm d'eau. Je m'installe donc en haut où les tapis de dojo à même le sol sont la promesse d'une bonne nuit.
Le refuge libre d'Urdiceto

Cette étape qui m'a vu passer par 4 pics et 6 ports, a été magnifique, grande, belle, sauvage, épique mais je suis un peu inquiet pour mon physique demain. Bederam... En attendant, premier soir en Espagne oblige, je me prépare un plat local paella MX3...BEURK...


Le lac d'Urdiceto

Les Posets
Je m'endors rapidement mais je suis aussi vite réveillé par un bruit sur mon tapis...une souris se promène à côté de ma jambe. Moi qui ai horreur de ces bestioles, je serai bon pour dormir avec la frontale vissée au front.

Etape 18 - Refuge d'Urdiceto/Cabane de Prat Cazeneuve

D + : 1500m - 8h30

Suelza et Fulsa
Les inquiétudes de la veille n'étaient pas fondées, je n'ai aucune douleur ce matin au départ. Le but est donc de faire une deuxième grosse étape en prévision du mauvais temps annoncé le lendemain. L'objectif est de bivouaquer dans le vallon d'Anes Cruzes ou pourquoi pas de passer dès aujourd’hui le port d'Aygues Tortes car me retrouver à côté du pic Pétard ou Tonnerre un jour d'orage n'a rien d'engageant.

Pour l'instant, je suis le GR11 en étant vigilant car Georges me conseille « de piquer à gauche pour gagner le fond du vallon herbeux ». mais sans autres repères. Pas sûr de moi, je pars sur ma gauche bien trop tôt et me retrouve à faire le sanglier dans les rhodos pour le deuxième jour consécutif. Faudrait pas que ça devienne une habitude quand même... je découvre à cette occasion que l'expression faire le sanglier est d'ailleurs particulièrement adapté à la situation puisque j'en lève un lors de la descente, il partira heureusement dans la direction opposée. Je retrouve finalement le GR11 près du superbe torrent de Montarruegos en me demandant si Georges n'a pas encore fait des siennes avec des raccourcis inutiles. Je pense qu'en suivant le GR11, je serais arrivé au même endroit. Mais bon...ça m'a permis de voir un sanglier alors ça va.

 Je passe près de la cabane des épinards sauvages où la vue sur les Posets est déjà saisissante. La descente puis la remontée sur Viados par des pistes est-elle bien moins passionnante. Je passe à Viados où je n'ai pu réserver pour le soir car le refuge était plein et commence le long contournement pour accéder au vallon d'Anes Cruzes. Heureusement, les vues sur les Posets sont toujours aussi magnifiques.
La cabane de Sallena ou des épinards sauvages et les Posets en fond
Granges de Viados


Je mange au pied du port d'Aygues Tortes et étant donné qu'il est encore tôt, je décide de passer le port ce soir pour aller dormir à Prat Cazeneuve. Ainsi ayant réservé le lendemain à La Soula, je n'aurai qu'à effectuer le très court trajet Prat Cazeneuve-La Soula sous les orages, presque une étape de repos. Avant cela, il y a la montée du port d'Aygues Tortes. De 13h à 14h30, en plein cagnard, cette montée va s'avérer être l'un des morceaux de bravoure de cette traversée. C'est raide, souvent dans les éboulis, je dois aussi accuser de la fatigue suite à l'étape d'hier car je sens que je manque de jus..bref en un mot comme en cent...j'en chie. J'arrive au mental au port. La vue sur les Posets et les Gourgs blancs est une belle récompense. Je descends par le chemin de droite, dans les barres, très bien cairné et j'arrive à Prat Cazeneuve vers 16h00. Je fais ma toilette et ma lessive au torrent, je suis content j'ai réussi avec ces deux grosses étapes à éviter de me trouver à 2600m un jour d'orage. Demain, ce sera bières et crêpes à la Soula, c'est une idée fixe depuis 2 jours. Une sorte de Graal...un bon moteur en tout cas. En début de soirée, Mathieu et Laurent arrivent à la cabane.Ce sont deux flamands de Gand. Ils adorent la montagne, parlent bien français et nous passerons tous les trois une agréable soirée. Ils me parlent de leur ville (la Venise du Nord parait-il) et de leur vie de jeunes citadins qui ont besoin une fois de temps en temps de couper avec le quotidien pour remettre les compteurs à zéro...j'en croiserai d'autres et ils me feront toucher du doigt même si je n'en avais pas particulièrement besoin ma condition de privilégié de vivre ici.
Posets

Gourgs blancs


Imposants Posets depuis le port d'Aygues Tortes


Etant mort, cuit, rôti.. je vais me coucher à 21h pour ce qui sera ma meilleure nuit de la traversée. 11H de sommeil non stop...à peine troublé par un énorme orage dans la nuit... Je suis bien content d'avoir opté pour la nuit en cabane plutôt que sous la tente...

Etape 19 - Cabane de Prat Cazeneuve/Refuge de la Soula

D+ : 400m - 3h30



Cabane de Prat Cazeneuve


Ce matin , 4 options s'offrent à moi.
La première est de rallier directement Espingo sans passer par la Soula et ainsi de gagner un jour. Je rejette tout de suite cette option. Je ne veux pas que ma traversée se transforme de nouveau en course contre la montre comme c'était un peu le cas au début. J'ai fait deux belles étapes pour échapper aux orages prévus maintenant j'ai le droit à une petite journée de repos. Je pense que mon corps appréciera.
La deuxième option est de descendre directement à la Soula. Mais 1h30 de marche c'est vraiment peu et l'attente au refuge risque d'être ensuite un peu longue.
La troisième possibilité est de monter au pic de Clarabide, 3000 que je n'ai pas encore fait. Là, par contre, 1000m de D+, ça fait plus trop journée de repos.
La dernière qui sera la bonne est de rejoindre le refuge de la Soula en passant par le chemin des mines. Je suis passé plein de fois devant le départ de ce chemin sans jamais l'emprunter. C'est l'occasion. Et puis, je vais aussi découvrir le patrimoine industriel des Pyrénées. C'est clairement l'un des buts de ma traversée. Je ne cherche pas que les cartes postales, je veux aussi découvrir l'histoire des Pyrénées et des hommes dans les Pyrénées. C'est aussi ce qui m'amènera à privilégier dans quelques jours l'Ariège des mines aux lacs des Encantats.
Allons-y donc pour le chemin des mines ce qui représentera tout de même une petite journée.
Le chemin des mines

Vue plongeante



Vers Clarabide

Vestige

 Du coup, ce matin, c'est grasse matinée. Je me lève à 8h. La météo, par contre, a évolué et il semble que les orages annoncés soient arrivés cette nuit, la journée sera donc agréable avec simplement quelques remontées de nuages depuis la vallée.
Je dis au revoir à Mathieu et Laurent qui ont prévu d'aller jusqu'au Portillon dans la journée. J'accueille quelques groupes qui font une halte sur le chemin du Schrader et qui me prendront pour le berger, ça doit être le signe de mon acclimatation. Puis je passe le balai, range la cabane qui est vraiment une cabane idéale. Bien située, spacieuse, avec un poêle, des lits superposés avec matelas...le grand luxe. Je me décide à partir vers 10h45. D'emblée , je ne regretterai vraiment pas mon choix d'itinéraire. Les vues plongeantes sur le vallon de Pouchergues sont jolies, et puis on arrive à imaginer ce que devait être la vie à l'époque des mines dans cette montagne. Je mange à Caillaouas puis j'entame la descente où je croise...Mathieu et Laurent. Ils ont mangé à la Soula et remonte vers le col des Gourgs blancs. Nous sommes contents de nous revoir et nous nous disons au revoir pour la deuxième fois. La suite de la descente est tranquille malgré une vipère croisée juste avant le refuge de la Soula.
Bâtiment en ruine que l'on traverse
J'arrive tôt à la Soula, je prends une crêpe et un coca., me douche. Je sens ma motivation qui s'était un peu effritée ces jours revenir. Cela me montre à quel point j'ai le cerveau relié à l'estomac. Je suis persuadé que ma baisse de motivation est directement lié aux trois jours de bolino et la perspective de manger correctement ce soir m'a redonné de l'allant. Ma petite journée m'a aussi certainement fait du bien.
Je rencontre un hrpiste ariégeois qui doit retrouver un copain avec qui il avait commencé la HRP avant que celui-ci ne soit contraint à une pause pour une inflammation des tibias. Notre discussion me permet de voir à quel point j'ai changé. Il me dit que son ambition est d'arriver à Banyuls avant la fin août quoiqu'il arrive et que du coup les jours de mauvais temps ils font des étapes entières par la route en stop. Si je n'hésite pas à faire du stop pour éviter les portions de route trop nombreuses à mon goût, je ne comprends pas leur démarche qui était pourtant aussi la mienne l'an dernier et même au début l'aventure cette année. Moi je ne veux plus traverser à tout prix. Je veux faire de la montagne, profiter de ma rando et surtout, surtout ne pas renoncer à cause des conditions météo. Finir la traversée si c'est cette année tant mieux, sinon j'aurai le plaisir de revenir l'an prochain.
Alors que nous échangeons avec lui et le gardien dans le refuge, je vois passer par la fenêtre...Mathieu et Laurent. Ils ont fait demi tour sous le col des Gourgs blancs impressionnés par le temps qui devenait menaçant. Ils me demandent la carte du secteur et décident finalement de descendre passer la nuit à Loudenvielle pour ravitailler puis ils remonteront directement par la vallée d'OO dans un jour ou deux. Nous rigolons au moment de nous dire au revoir pour la troisième fois. Après, Jacques et Bernard, je me dis que j'ai décidément bien du mal à quitter les personnes rencontrées que j'apprécie au cours de cette traversée. C'est en tout cas marrant le plaisir que l'on a de retrouver ces personnes avec qui on avait passé des moments éphémères et agréables et qu'on avait pensé saluer pour la dernière fois...c'est en quelque sorte un petit rab de plaisir et les sentiments sont un peu les mêmes que quand tu croises, dans la rue, une personne que tu n'as pas vu depuis longtemps.
L e repas à la Soula est exceptionnel. Je vous le conseille à tout prix. Garbure...confit de canard/petit pois...et poires au chocolat. Je suis définitivement regonflé à bloc.

Après le repas, nous discutons dehors avec trois copains catalans. Ils veulent aller de Viados à Alos d'Isil. Ils vont bien me faire délirer. Ils ont peu d'expérience en montagne, ont des sacs de 25kg avec une tente de 5kg, du riz, des pâtes, 3kg de pommes + quelques sachets de plantes médicinales...de vrais MULets... Ils sont quand même motivés et sympas mais le passage du col inférieur de Litérole est pour l'instant...leur principale inquiétude...

Etape 20 - Refuge de la Soula/Refuge d'Espingo

D+ : 1700 m - 7h


Caillaouas


Ce matin, pendant le petit déjeuner, j'aperçois les 3 jeunes catalans qui partent du refuge. Je pars une demi heure plus tard et je décide de monter à un bon train. En fait, il s'agit de vaincre le signe indien. La montée aux Isclots avec le sac chargé à bloc pour une virée pêche il y a quelques années (bocaux de civet d'isards, pâtes, vin rouge, Ricard) et l'un de mes pires souvenirs de montagne, je ne suis pas remonté depuis dans ce coin, c'est donc l'heure de la revanche. Je mets une heure pour Caillaouas et moins de 3h pour le col des Gourgs blancs. Chargé...c'est pas mal. Je rattrape les jeunes catalans encore plus chargés que moi juste sous le col. Ils m'ont vu derrière eux toute la montée tout petit au loin et tout à coup, j'étais derrière eux. Ils me traitent d'animal et on en rigole car ils m'avaient dit la veille que ma petite étape de repos me ferait du bien aujourd'hui. Je prends quelques mètres d'avance avant le col. Ils me rejoignent quelques instants plus tard...le premier me lâche dans un dernier souffle : « Fumar mata... » Ceux là sont vraiment bons et ils deviennent même cultes quand ils me sortent le fuet en guise de pause au col. S'ils sifflent un saucisson à chaque col, tu m'étonnes qu'ils portent lourd.
Les Isclots

Col des Gourgs Blancs


Je décide de prendre mon temps pour la suite du parcours du jour. Je suis un peu triste de quitter la haute montagne et j'aurais suivi avec plaisir le petit groupe qui s'était constitué mais passer par Luchon me permettra de voir ma famille pendant deux soirs consécutifs et puis je tiens vraiment à découvrir l'Ariège. Je passe entre le Gourdon et le lac glacé d'OO pour rejoindre la voie normale du Spijeole au col. Le vent est très fort entre les deux cols et je mange à l'abri sous le col versant lac Saussat. Puis je descends vers la coume de l'Abesque en me ramassant deux fois dans le couloir herbeux qui ramène près de la passerelle. Je suis pourtant en forme après la petite étape d'hier, en tout cas ça commence à clairement me gonfler, je vais finir par me faire mal. Le bain dans le lac d'Espingo est divin, la discussion avec l'aide gardien sympa et la bière devant le Spijeole revigorante. Alors que j'observe les montagnes assis sur le bord de la terrasse, je veux me lever pour aller chercher mes papiers dans mon sac et...je me ramasse pour la troisième fois de la journée. Je finis 1m50/2m plus bas dans les orties. Heureusement, je ne me suis pas fait mal mais quand même abandonner la traversée des Pyrénées en tombant de la terrasse du refuge d'Espingo eut été humiliant. Je remonte finalement sur la terrasse à la force des bras, ce qui permet de regonfler mon ego, touché par cette chute ridicule face à une terrasse bondée.
Cap du Seil de la Baque

Gourdon










































Quelques minutes plus tard, Maxime, un gamin d'une dizaine d'années arrive sur la terrasse en pleurs. Il a perdu ses parents dans la montée à Espingo. Le gardien le garde avec lui et je propose d'aller attendre au col d'Espingo pour voir les parents. Je croise un randonneur qui les a vu dans la montée, il part rassurer le petit au refuge. Je descends 5 min vers OO et je croise un jeune qui ressemble à la description de son frère d'une quinzaine d'années. Il me confirme que le petit a lâché le reste de la famille dès Astau, que lui même à laisser ses parents derrière à OO. Il vient retrouver son frère et je leur demande de rester près du refuge en attendant les parents. 45 min plus tard, le gardien a rappelé les secours pour leur dire que tout était rentré dans l'ordre mais les parents ne sont toujours pas là. Finalement, ils arrivent au col près d'une heure après, font signe à leurs deux fils de les rejoindre et vont s'installer pour bivouaquer pus loin. Jamais ils ne viendront jusqu'au refuge ne serait-ce que pour remercier le gardien. Je ne sais même pas s'ils ont eu conscience d'avoir mis leurs enfants en danger ce jour-là...Lamentable !!!!

Lac glacé d'OO
Je partage la table du soir et le dortoir avec un groupe UCPA guidé par Delphine, une jolie accompagnatrice. Je découvre le fonctionnement de l'UCPA qui conglomère des gens de différents horizons qui partent 12 jours sans se connaître au préalable. La plupart du groupe est sympa mais il y a quand même une personnalité à part dans le lot. Il agresse presque le gardien pour avoir du rab alors que son assiette est encore pleine comme s'il avait manqué de nourriture petit, ne dit même pas merci à l'aide gardien qui nous sert si Delphine ne l'y invite pas, se plaint de pas pouvoir laisser ses poubelles ou de ne pas pouvoir monter les sacs dans la dortoir...bref un casse-c...lle. J'en discuterai le lendemain au petit déjeuner avec Delphine lui avouant admirer sa patience, elle m'avouera qu'elle ne sait pas si la mise au point ne sera pas obligatoire rapidement au cours des 12 jours pour préserver le reste du groupe car, en plus, il est aussi infernal quand il randonne. Cette discussion me conforte dans l'idée que j'ai bien fait de ne pas choisir cette voie de l'accompagnement car je serai incapable de déployer le 1/4 des trésors de diplomatie dont Delphine a fait preuve depuis hier au soir. Avec moi, la mise au point serait rapide et abrupte. Je peux comprendre, en tout cas, quand elle me fait part de son désir de changer de voie, de faire autre chose dans la vie.  
avec le Perdiguère
Etape 21 - Refuge d'Espingo/Luchon

D+ : 1000m - 4h30

Lac d'OO

Pendant ma soirée au refuge d'Espingo j'ai découvert que l'on peut utiliser le téléphérique pour descendre de Superbagnères à Luchon. Depuis, je vis un dilemme intérieur. Ai-je le droit ou pas de prendre ce téléphérique ? Là, il ne s'agit d'éviter la route mais une descente de 2 heures en forêt sans grand intérêt. Delphine me dit qu'avec ce que je suis en train de réaliser, j'ai le droit de craquer. Un point pour le téléphérique. Il fait une chaleur à mourir...Deux points pour le téléphérique... bon je pars et on verra bien.


La traversée entre Espingo et Superbagnères est vraiment belle avec des vues remarquables sur le lac d'OO, la vallée du Larboust, le cirque des Crabioules. Au passage, je m'offre le Céciré mais renonce à descendre par la crête avec le gros sac. J'arrive à Superbagnères à 12h25, le téléphérique ferme à...12h30. Pas le temps de réfléchir, je m'engouffre dans la dernière benne et c'est parti. Cela m'offrira de plus la possibilité de pofiter davantage de ma famille cet après-midi.

Aneto

 L'arrivée à Luchon est un choc. Je suis certes pas très propre, j'ai troqué mes chaussures de montagne par mes vieilles crocs et je pique nique sur un banc en plein milieu des allées d'Etigny mais quand même qu'un mec avec un gros sac de montagne dans une ville montagnarde puisse attirer de tel regard me déroute. Je n'ose même pas imaginer le poids que doit représenter le regard des autres quand on est sans domicile fixe par exemple. Toutefois, ceci est juste un constat, je ne juge pas ces gens, je ne veux pas les blâmer car leurs réactions sont humaines et j'ai aussi fait parti de la meute, peut être même qu'à l'avenir cela m'arrivera de nouveau même si j'ose espérer que cet expérience me servira à l'avenir.  En fait, c'est juste qu'à cet instant précis, en déambulant dans ces rues, avec la sensibilité et l'état d'esprit qui m'habitent,  je découvre que je me sens plus proche...des chiens tenus en laisse que de leurs charmants maîtres qui les promènent. J'ai le sentiment de ne pas faire partie de la même espèce que tous ces passants et de ne pas bien comprendre leurs codes non plus. Mais peut être que je deviens parano ou que j'ai pris un coup de chaud dans la benne ?
Toutefois, je 

Cirque des Crabioules
Je trouve les toilettes publiques. Pas de lumière, pas de papier, et l'eau qui inonde le sol...obligé de garder mon sac sur les genoux et la frontale sur la tête...c'est donc cela retrouver la civilisation... je crois que je vais définitivement préférer la vie sauvage. Pour l'anecdote, je note qu'après Gavarnie, retrouver les villes contribue pleinement à faciliter mon transit...j'en suis presque à penser que retrouver les villes touristiques me fait ch.er.

Vautour au sommet du Céciré


La crête du Céciré
































































Après le repas, j'attends ma famille assis sur un banc près du kiosque qui vend les places pour la visite de la ville en petit train. Au fur et à mesure de l'après-midi, des gens arrivent acheter des billets et attendent le départ du train. Il y a 4 ou 5 familles tout autour de mon banc à une distance entre 5 et 10 mètres. Le soleil arrivant, je décide de changer de banc. Je vois alors toutes les familles venir s'asseoir ou s'appuyer sur le banc où je me trouvais précédemment. La promiscuité ne serait donc tolérable qu'avec des gens que l'on a identifié être comme nous...faisant partie de notre communauté. Je suis donc classé comme marginal car malodorant et pas habillé comme le touriste luchonnais lambda.
Luchon en vue...

 Je suis sorti de ma réflexion sociologique par ma femme et ma fille qui viennent d'arriver à Luchon vers 16h (j'ai bien fait de prendre la benne pour passer du temps avec elles!!!). Ce soir c'est demi-hrp et donc...c'est fête. Douche à l’hôtel d'Etigny visiblement plus habitué lui aussi à recevoir des curistes que des hrpistes, course pour le ravito puis bar à tapas.
 Patatas bravas, iberico, dos san miguel...hop...j'ai la tête qui tourne...On va se calmer sur la bière. Sortis de là, on enchaîne sur pizzeria puis détour par chez le glacier en rentrant à l’hôtel...ça y est...je suis une machine à manger et à marcher...une espèce de ventre à pattes...

Etape 22 - Luchon/Fos

D+ : 1100m - 7h


Le but d'aujourd'hui est de rallier Fos dans la journée. La première partie de l'étape jusqu'à Artigues en partie sur la route n'a rien de passionnant, je demande donc à ma compagne de me déposer à Artigues. Encore une fois cet été, je suis au dessus de la mer de nuages. Cela me fait drôle de me retrouver ici en plein été. Ce sont mes coins de randonnées hivernales et à vrai dire je ne suis pas sûr de les avoir déjà vus sans neige. Je fais ,comme à mon habitude, un départ diesel et je me fais doubler par un couple avec un chien. Je les rattrape lors d'une de leurs pauses et nous finissons finalement ensemble la montée jusqu'à la cabane de Saunères en papotant. Cette situation est pour moi juste hallucinante. Lors de mes randos à la journée, jamais je n'aurais envisagé de partager un bout de rando avec des gens croisés au hasard du chemin ; un simple bonjour et j'aurais poursuivi mon chemin. Là, cela me paraît juste naturel.
Joli contraste entre deux mondes...



 Les vues sur le Luchonnais tout au long de la montée sont toujours aussi belles. Ce massif est vraiment un beau belvédère. Juste après le Burat, je rencontre une femme seule qui fait le GR10 dans l'autre sens. Je croiserai pas mal d'autres femmes solo dans les jours à venir, parfois en autonomie complète. Je ne sais pas si elles sont plus nombreuses qu'avant, en tout cas il me semble, et je trouve ça plutôt très bien. Je descends par la magnifique forêt de Burat. Je la trouve sauvage et préservée et après 15 jours sans avoir croisé de forêt, j'apprécie de me retrouver là. Certaines forêts ont une vraie ambiance, des lumières, des sons et des odeurs qui leur sont propres. J'aime particulièrement les forêts du luchonnais où je randonne très souvent. J'apprécie ces endroits autant qu'une belle crête à parcourir ou qu'une pause au sommet avec une immense vue. Ensuite, je mange près de la cabane de l'Artigues...4 isards paissent au loin au bord de la clairière...je ne croiserai personne entre le Burat et Fos...un joli moment de montagne et de solitude...les vrais petits plaisirs de la traversée.


 J'arrive à Fos dans l'après-midi. Je croise deux jeunes au look un peu « rave » à la fontaine de Fos, ils ont aussi l'air d'être en itinérance mais j'en reparlerai plus tard. Le gîte étant complet, le patron m'a conseillé d'aller à l'hotel la Gentilhommière. Ma femme et ma fille qui sont allés faire un tour au zoo du Val d'Aran, pour occuper leur journée, me rejoignent. L'hôtel n'ouvrant quà dix-huit heures nous décidons d'aller chez Boya à Bossost pour quelques emplettes. La plongée soudaine et subite dans ce que la société de consommation a de pire,sera encore une fois source d'un profond désarroi chez moi. Le seul avantage est que même malodorant et crotté après une journée de rando, je n'aurai pas à subir le regard des autres, l'humain n'existant pas ou plus face aux alcools et autres produits de consommation bon marché qui ornent les rayons. Mais bon quoi que j'en dise ou pense, je fais aussi partie de cette société de consommation et ce n'est qu'en s'en extrayant que l'on peut prendre la mesure de ce qu'elle représente vraiment.



La soirée à l'hôtel sera particulière. J'ai du mal à définir le style de l'hôtel. L'accueil se veut convivial et simple mais le repas me laisse une impression de sophistication. Le décalage n'est en tout cas pas du meilleur goût. Moi qui ne rêve que de plats posés encore fumants sur la table avec du rab à volonté, je me retrouve avec des portions "dégustatives" et seuls les intitulés des plats ont eux le droit à du rab. Un gastro n'est pas le trip du moment, du coup y'a comme une erreur de casting même si au demeurant le repas est bon et les patrons sympas. Je suis juste pas à ma place à ce moment là même si j'aurais pu apprécier ce moment dans d'autres circonstances. Frustré, je rejoins la chambre en jurant de me rattraper demain au refuge d'Araing.

Etape 23 - Fos/Refuge d'Araing

D+ : 1200m - 3h




Aujourd'hui est un jour à part dans la traversée. Je rentre en Ariège. L'Ariège...c'est un peu comme le Mordor dans le seigneur des anneaux. Une terre légendaire...
Des loups, des ours, des trolls et des farfadets, des vallées qui démarrent en dessous du niveau de la mer pour monter jusqu'à 3000 m, des pentes tellement raides qu'à la fin de la journée on se retrouve avec les marques des cuisses sur les pectoraux et le tout sans sentier...et noyé perpétuellement dans un épais brouillard digne de Brocéliande...bref manquerait plus que les bandits de grand chemin et j'aurais presque les foies de ce qu'il m'attend... Et pourtant je l'attends cette Ariège. De tous les départements de la chaîne, c'est celui que je connais le moins, il me tarde donc de le découvrir. Seulement voilà, l'Ariège va s'avérer être, dès le début, fidèle à sa réputation. En effet, les Pyrénées sont,ce matin là, en alerte orange aux orages. En ouvrant les volets, il pleut sur Fos et j'hésite à partir. Je pourrais revenir passer la journée à la maison puis repartir une fois l'alerte passée comme je l'ai déjà fait. Et puis, je dois avouer que comme à Piau, il m'est toujours difficile de quitter ma famille. Autant les 8 jours qui suivent sont sans états d'âme, autant le moment du départ est de plus en pus dur à gérer. Ayant besoin d'une intervention extérieure, j'appelle le refuge d'Araing et décide de me ranger à son ressenti. L'aide gardien me dit que pour l'instant ce n'est pas catastrophique et que les orages sont attendus à partir de midi.
 Il est 8h30...la mission du jour est donc d'arriver au refuge avant l'heure fatidique. Au vu des conditions météorologiques, je profite une dernière fois de mon « taxi » qui m'évite la route entre Fos et Labach de Melles. 9h...je pars de Labach. Le refuge d'Araing est donné en 4h30. Bruine et brouillard sont au programme. Je monte à bloc en faisant attention de ne pas trébucher sur quelques cèpes placés au milieu du chemin que j'enlève afin que personne ne se blesse. J'enrage d'ailleurs de ne pas avoir le temps de rentrer dans le bois car la pousse a bien eu lieu. J'en ramasse quand même deux...avec une idée derrière la tête. J'arrive sur le plateau d'Uls, très bien balisé par les petits poteaux du GR10. C'est l'endroit où je ne veux absolument pas me faire attraper par l'orage tant les possibilités d'abri sont nulles et à vrai dire je n'en mène pas trop large prenant chaque passage d'avion (et fichtre qu'ils sont nombreux) pour un grondement sourd d'orage en approche. Je croise le berger avec qui nous discutons un peu et qui me prévient gentiment que les brebis sont avec les patous sous le col d'Aauéran., il me faudra faire attention. J'atteins enfin le col où les patous m'observent seulement de loin au gré d'une furtive éclaircie puis je plonge vers le refuge d'Araing.

Araing et son refuge
12h...je pose mon sac sous le porche du refuge. Le temps de remercier l'aide gardien pour ses infos au téléphone, de lui dire que la vie est belle vu que je suis pour ainsi dire passé entre les gouttes et...un énorme orage éclate. Peu de tonnerres finalement mais une vraie rincée. Je suis pour l'instant seul au refuge. Je propose à l'aide gardien de partager mes cèpes en y ajoutant quelques œufs de son frigo et nous mangeons tous les trois (avec l'autre aide) une délicieuse omelette dans la cuisine en regardant tomber la pluie et parlant de leur saison...encore un moment inoubliable.

Le Crabère
Par la suite, arriverons un bordelais qui fait un bout de GR10 façon grosses bambées, un toulousain solitaire comme moi parti d'Hendaye le 12 juillet malheureusement assez discret et avec qui j'échangerai trop peu, Michel K et son épouse un sympathique couple belge du forum P-team et puis mes deux raveurs d'hier. Je passe le début d'après-midi à lire « La randonnée de A à Z » de Jean Marc Aubry que j'avais commencé à lire au refuge d'Ayous. Je dois passer pour un fou à rire tout seul derrière mon bouquin mais peu importe, c'est une lecture que je vous recommande chaleureusement, tant c'est le genre de bouquin à vous faire apprécier une journée pluvieuse au coin du feu. Mon livre terminé, nous faisons une belote avec les deux jeunes de la fontaine d'hier. Ce sont deux lillois, pas du tout montagnards qui font huit jours de GR10. Ils ont, en tout et pour tout, 40€ (car ils ne savaient pas qu'ils seraient difficile de trouver un distributeur en Ariège), un bout de saucisson, deux compotes SNCF récupérées car leur train avait du retard à Toulouse et une carte routière de la région achetée lors d'une correspondance...des bons quoi. Ils sont très sympas et ne se prennent pas la tête. En plus, ils sont à l'écoute et resteront ainsi la nuit au refuge d'Araing sur les conseils de tous plutôt que de s'aventurer dehors par ce temps. Et ce même si cette journée les aura vus aller, seulement, de la cabane d'Uls au refuge alors qu'ils ont des impératifs de train à Aulus pour le milieu de la semaine suivante et qu'ils ne doivent donc pas lambiner. L'après-midi puis la soirée traînent un peu en longueur entre lecture et jeux mais cela aussi fait partie d'une traversée...du temps à mettre à profit...pour prendre son temps...

Etape 24 - Refuge d'Araing/Cabane de Grauilles

D+ : 1300 m - 7h30

La traversée prend ce matin une tournure toute nouvelle puisque à partir du refuge d'Araing, je ne connais plus les paysages que je vais traverser alors que depuis Ayous j'avais déjà parcouru une grande partie de chaque étape. Cela rajoute un peu de piment à l'aventure aussi bien en terme de découverte que d'orientation.

Les bâtiments du Bentaillou

La matinée est fraiche et humide. Je monte jusqu'à la serre d'Araing dans le brouillard (Bienvenue en Ariège!!!) en découvrant les premiers vestiges de l'exploitation minière. Cette étape des mines sera pour moi très impressionnante. Je ne tarde pas d'ailleurs à arriver au Bentaillou alors que de franches éclaircies se profilent. Je suis frappé par le silence qui y règne en ce jour brumeux et j'essaie d'imaginer le bruit qu'il devait y avoir à l'époque dans cette montagne entre les hommes et les machines. Ce contraste du bruit est en tout cas ce qui m'aura marqué lors de ce passage au Bentaillou. Je descends ensuite jusqu'au joli hameau d'Eylie en mangeant quelques framboises et en trouvant encore un cèpe. Il faut dire que l'orage d'hier a bien détrempé les sols et l'eau ruisselle de partout dans la montagne. Je croise les deux lillois à l'entrée du hameau, nous nous quittons car ils vont essayer de ravitailler au gite alors que j'ai décidé d'avancer avant midi. Je monte donc au col de l'Arech où je mange. Puis, étant donné qu'il est tôt, je décide de poursuivre alors que je devais initialement dormir à la cabane du col.


Le hameau d'Eylie
 La descente du col de l'Arech est magnifique dans un bois des plus sauvages. Je repère d'ailleurs sur quelques arbres des morceaux de barbelés, pièges à poil installés par le ROB (réseau ours brun). Les arbres équipés ont en fait trois morceaux de barbelés accrochés à leur tronc. Un au niveau de la poitrine et deux au niveau des jambes. Je finis par trouver sur l'un de ces arbres des poils accrochés au niveau du piège du haut. Si des poils sur les pièges du bas peuvent appartenir à des sangliers, les poils récupérés à cette hauteur laissent peu de doutes sur l'identité de leur propriétaire . Pour moi qui rêve d'ours depuis gamin, qui m'endormait parfois la veille de randos avec mon père en m'imaginant  le croiser dans un lacet au dessus du lac de Bious Artigues et qui ne désespère d'ailleurs pas de le croiser un jour, c'est une vraie émotion. IL EST LA, PAR LA, AUTOUR... C'est certainement pour cela que je montrerai ma photo à presque tous les gens que je croiserai pendant les 3 jours qui suivront. Des cèpes, des poils d'ours, une histoire, un patrimoine, l'Ariège est à la hauteur de mes attentes...magique. Je me jure d'ailleurs d'y revenir bien vite.

Poils d'ours
 J'arrive vers 15h30 dans la vallée d'Orle et je décide de ne pas poursuivre car j'ai réservé pour demain à la maison du Valier et je souhaite équilibrer les jours de marche. Je m'installe donc à la cabane de Grauilles, un peu à l'écart du GR. Le coin est splendide et l'atmosphère rehaussée encore par ma trouvaille de l'après-midi. Après une toilette vivifiante dans le ruisseau en contrebas, je vois arriver les deux lillois. Je pense qu'ils viennent dormir...mais non, ils ont simplement fait le détour pour me saluer une dernière fois puisque je leur avais dit que je comptais m'arrêter là. Je repense avec honte à mes préjugés deux jours plus tôt à la fontaine de Fos. C'est mecs là sont de supers mecs avec des valeurs et si j'essaie de ne pas juger les gens dans ma vie quotidienne, il me faudra encore apprendre à passer au delà de mes premiers préjugés. Ils m'ont en tout cas donné une belle leçon. Ils repartent pour essayer d'avancer un maximum pour rattraper la journée d'hier en me gratifiant encore une fois d'un de leur plan mirobolant. En passant à Eylie, le gérant du gite venait de faire du pain. Comme il était frais, qu'il était bio et qu'il était pas cher (vu qu'ils n'avaient que 40 €), ils lui ont acheté entier soit 1,8kg de pain alors que lui voulait leur vendre juste un bout...le problème c'est qu'ils n'ont rien à mettre dedans...mais il était bio et pas cher alors...du coup, ils risquent de manger du pain pendant une petite semaine...ils sont magiques, je vous dis...
Cabane de Grauilles
Pour ma part, j'allume un feu pour sécher mes affaires et mes chaussures humides depuis deux jours puis je prépare mon cèpe que je fais griller sur le feu...la soirée en solo s'annonce idéal. Vers 19h30, arrivent 4 jeunes. Finalement, je me dis que cela peut être sympa aussi de passer une soirée en compagnie. Je les accueille comme il se doit en poussant mes affaires sur les fils pour leurs affaires, en remettant du bois dans la cheminée et en partageant mon petit cèpe en 5. Après la toilette et avoir profité du feu pour sécher leurs affaires, ils iront se réfugier à l'étage et ne descendront plus de la soirée. Nous n'échangerons plus un mot jusqu'à mon départ le lendemain. C'est la première rencontre de ce style depuis mon départ, mais ça me désole et m'attriste...surtout juste après l'épisode des deux lillois...comme quoi mes adages d'ours mal léché ont encore de beaux jours devant eux car "il vaut mieux être seul que mal accompagné".



Etape 25 - Cabane de Grauilles / Maison du Valier

D+ : 900m - 5h30

La cabane de Grauilles dans son écrin

J'avais prévu de profiter de ma cabane 3 étoiles ce matin mais la présence des 4 bordelais me pousse à partir plus tôt, l'ambiance ne me convenant pas. En fait, durant tout l'été j'ai partagé avec tous les gens que j'ai croisé sans retenue, sans gêne, sans les convenances qui existent en bas. La montagne transcende les conditions sociales, les âges, les convenances de genre etc...eux semblent avoir amené avec eux, toutes les règles et la retenue voire la méfiance qui existent dans nos vies de tous les jours, je n'étais plus habitué. Du coup, même si je n'ai qu'une petite journée à accomplir, je pars vers 9h. Est-ce cette rencontre ou la perspective des orages annoncés dans deux jours , toujours est-il que je suis de mauvaise humeur. Cela a été assez rare au cours de cet été pour que je le remarque. Je monte au col séparant la vallée d'Orle de la vallée du Riberot. La cabane de Besset parait bien accueillante.  Arrivé à la cabane de Clot du lac, je monte au Tuc du coucou qui est juste à côté, tant pour la vue que parce que son nom m'amuse. La toponymie a aussi son importance dans mes envies de rando et le Tuc du coucou, ça le fait. Le temps est nuageux avec des secteurs (Valier, Mail de Bulard) où les nuages s'accrochent. Pourtant, ils arrivent à s'écarter et à me laisser admirer le chemin d'accès à la mine de Bulard...effrayant. Il est impossible, à mon sens, d'imaginer ce qu'ont pu vivre les mineurs de l'époque qui empruntaient régulièrement cette vire.
Le Bulard

  En redescendant, je tombe sur un jeune couple près de la cabane. Nous discutions. En fait, même si j'apprécie plus que tout ma solitude et ma liberté, j'ai, depuis quelques jours, une petite pointe de regrets quand je croise un couple. Je me dis que cela doit être sympa de partager une telle aventure avec sa compagne. Quelques part, je les envie.
 Le mec repart vers la descente quand sa copine reste arrêtée derrière moi. Au bout de quelques mètres, ne sentant plus sa présence, il se retourne et l'interroge d'une interjection :
« -Ouh ouh !!!! tu viens ?
- Mon bâton est bloquéééééééé !!!! lui répond-elle dans une imitation parfaite de Josyane Balasko dans Les bronzés font du ski...
Le mec remonte la pente à grandes enjambées, passe à côté de moi en me jettant un regard du style « si tu savais la chance que t'as mon pote de randonner tout seul ! », débloque le bâton de sa copine sans un mot puis repart dans l'autre sens en passant à toute vitesse devant moi. J'éclate de rire intérieurement. On n'est finalement jamais content de ce que l'on a. Je me félicite de nouveau de ma condition de randonneur libre et solitaire et m'en vais manger dans la cabane du Clot du lac, tout seul certes mais cela a tout à coup beaucoup moins d'importance.
La cabane de Clot du lac


Vers le Valier

 Je descends dans l'après-midi vers le Pla de Lalau. Le soleil fait de franches apparitions et il fait chaud. Les cabanes croisées dans la descente sont nombreuses et paraissent encore une fois toutes accueillantes. Je peste par contre en me rendant compte que j'aurais pu rallier les Estagnous bien plus vite que je ne vais le faire. En effet, après avoir découvert que j'aurais pu passer par Montgarri depuis Araing, je découvre que le passage par le col de Barlonguère aurait pu aussi me faire arriver directement aux Estagnous. Ce n'est pas tant le fait de gagner un jour car cela n'a plus d'importance pour moi. C'est surtout éviter de redescendre si bas et m'éviter une soirée à la maison du Valier qui ne m'inspire pas. Mais bon, j'ai réservé et je n'aime pas planter les gens sans prévenir alors je vais honorer ma réservation mais cela me servira de leçon pour mes prochaines itinérances où je prendrai moins de réservations. J'arrive sur le parking, il y a un monde fou. Je m'installe sur l'herbe près du torrent. Je fais sécher mes affaires, je fais la sieste...tranquille.
Sieste bucolique...
Vers la fin d'après-midi, je remonte vers la maison du Valier. C'est le grand luxe : douche chaude, lit individuel avec des draps..un hôtel montagnard. Je fais la connaissance de Mathilde, une parisienne qui fait 4 jours (de Bonac à Bethmale) en autonomie complète et en solo. Alors que nous discutons, la serveuse appelle mon nom...un appel pour moi. Ma compagne au bout du fil, m'annonce que la séparation leur pèse et qu'elles souhaitent que je rentre. C'est un coup de massue. Le cahier des charges était pourtant clair au départ, « je traverse les Pyrénées », mais d'un autre côté je peux comprendre leur requête et puis je ne souhaite pas vivre cette aventure au détriment d'elles, en égoïste. J'accepte donc de rentrer mais nous convenons de me laisser encore deux jours. D'abord pour me préparer psychologiquement à l'arrêt et ensuite pour pouvoir au moins réaliser le Valier qui était un gros objectif de cette traversée et une des raisons de mon passage par l'Ariège. Décidément, ma mauvaise humeur de ce matin était finalement peut être un signe avant coureur de cette journée noire.
De plus, je sais que cette demande se base sur un quiproquo. En effet, depuis le début, par superstition, je pense, je parle d'arrêter autour du 15/20 août et pas d'aller au bout. Pour ma compagne, elle me demande donc de renoncer seulement à 2 ou 3 jours de rando. Or, j'avais déjà fait les calculs dans ma tête qu'en poussant de l'Andorre, au Carlit puis du Canigou à Amélie au gré d'une météo favorable, je pourrais arriver à Banyuls le 27 août soit 4 jours avant ma rentrée....ça passait. Mais comme d'habitude, j'avais gardé cette petite idée pour moi...


Je passe la soirée avec 4 basques de Bilbao faisant le Pass'aran et Aminata, une autre parisienne faisant 8 jours de GR 10 en solo pendant que son copain souffre le martyr à la maison avec une hernie discale. C'est dingue...les femmes aimantes et compatissantes sont une espèce en voie de disparition. Comme à Fos, le repas bien qu'excellent me laisse songeur. Je suis en décalage complet avec le côté restaurant gastronomique qu'essaient de mettre en avant les proprios, ici ça parait presque incongru. 
 Je pars au lit avec ces 48 prochaines heures en tête...deux jours où j'entends profiter de chaque instant...

Etape 26 - Maison du Valier / Refuge des Estagnous

D+ : 2100m - 7h


Vallée du Riberot

Cascade de Nérech

Etang Rond


Le temps est parfait ce matin. Une magnifique journée de montagne s'annonce. Je remonte la belle vallée du Riberot en m'offrant une orgie de framboises. Après, la cascade de Nerech, je rattrape Mathilde la randonneuse croisée hier après-midi. Nous échangeons quelques banalités et rapidement nous marchons de concert sans que l'un ni l'autre n'ait eu besoin de le verbaliser. Mathilde a, de plus, la particularité de plutôt vraiment bien marcher. Nous arrivons au refuge de Estagnous en 2h40...avec les gros sacs...c'est pas mal. Nous prenons le temps d'une pause sur la terrasse du refuge, délestons nos sacs du matériel de bivouac et repartons pour le Valier que nous atteignons 50 min plus tard. La vue de là haut est énorme...
Etangs Long et rond

Vers Milouga



Les Cuns

Montcalm et Rouch d'un côté...

Barlonguère, Maubermé et Bulard de l'autre.

 De là, Mathilde décide de redescendre au refuge manger. Pour moi, ce sera d'abord la crête du Valier puis la remontée au Petit Valier, le col de Peyre Blanque puis...plus rien...Il est 13h et je prends une bonne fringale en attaquant la montée au pic de Pale Clauère.
Vers le col Faustin
Sommet du Petit Valier

 Je redescends donc au col de Peyre Blanque où je mange en regardant les isards joués sur les névés puis je décide à mon tour de rejoindre le refuge les 2100m de D+ étant suffisants pour aujourd'hui. 

Arrivé au refuge, Mathilde m'apprend qu'il est possible d'avoir la douche. Je vais voir le gardien à qui je dis que je partais au lac quand j'ai appris qu'il y avait la douche...son « le lac c'est bien aussi » m'interpelle...mais bon sang il a raison...j'étais en train de m'embourgeoiser...ça sera donc le lac pour la dernière fois de l'été...et dire que j'ai failli passer à côté de ça. Nous passerons le reste de l'après-midi à bavarder en terrasse en buvant des bières avec Mathilde, c'est une vraie belle rencontre faite d'évidence et de simplicité. Nous parlons rapidement de tout en ayant l'impression de déjà nous connaître. Sympa de passer ces deux derniers jours avec quelqu'un avec qui j'ai autant de plaisir à randonner qu'à échanger. Et puis, j'avais peur que ces jours avec l'arrêt en tête soient moroses et glauques, ils auront été une apothéose des rencontres que j'ai pu faire durant l'été.

Le soir à table, je fais aussi la dernière rencontre improbable de ma traversée et il y en aura eu quelques unes. Les deux mecs à côté de moi à table demandent à tout le monde s'ils ont vu des vaches. Quand je les interroge sur le pourquoi de leur question, ils me racontent qu'ils sont à la recherche de psilos, des champignons qui poussent autour des bouses de vache et qui seraient la matière première du LSD. Leur but est de s'en faire une fricassée. Le gardien du refuge en reste sur le cul et mort de rire. En discutant un peu, j'apprends que ce sont deux copains, un de Paris et un de Toulouse qui ont décidé de faire le Valier car celui de Toulouse, à force de le voir depuis la plaine, a eu envie d'y monter. C'est leur première en montagne. Ils sont partis depuis hier et sont montés par Peyre Blanque. En chemin, ils se sont roulés nus dans des névés pour un pari, ont vu un âne hélitreuillé et sont persuadés d'avoir croisé un lynx. Je crois que là...on tient des champions du monde...mais ils sont plutôt sympas. Après le repas, je retrouve Mathilde sur la terrasse puis ils viennent nous rejoindre en nous proposant de partager avec eux une bouteille de vin qu'ils ne veulent pas avoir monté pour rien. Je profite de mon dernier coucher de soleil avec un verre de vin...un pur moment de bonheur que je peux malheureusement difficilement partager avec eux car ils auraient du mal à comprendre mon état d'esprit à ce moment précis.
Dernier coucher de soleil de l'été


 Etape 27 - Estagnous/Maison du Valier

peu importe le dénivelé, peu importe le temps...c'est la dernière


Je suis réveillé avant le réveil. Aujourd'hui est une journée que j'appréhende, celle de l'arrêt. Je n'ai absolument pas envie de quitter les montagnes, de quitter ce monde qui est le mien depuis 23 jours cet été. Ici, tout est plus simple, plus vrai. On retrouve des rapports humains, certes éphémères, mais qui font du bien. On se sourit, on discute, on s'encourage. Je me pose sur une table devant le refuge à 6h30 pour finir d'écrire le récit de la journée d'hier. Notre longue conversation d'hier avec Mathilde m'a, en effet, pour la première fois distrait de ma tâche quotidienne de rédaction. Une fois  le compte rendu terminé, je me retourne pour contempler ce panorama magnifique du massif du Valier et je sens comme une boule dans la gorge, ce ne sera pas la seule fois de cette pénible journée. Finalement, nous repartons du refuge des Estagnous vers 7h30 avec Mathilde. Elle a décidé de ne pas aller jusqu'à Bethmale et redescends avec moi jusqu'au pla de Lalau. Nous partons non sans avoir salué une dernière fois nos deux « junkies » et remercié une espagnole qui nous souhaite bon courage pour la journée. Le programme de la journée est simple : nous descendons vers le pla de Lalau en passant par le col de Pecouch et l'étang de Milouga. 

Nous montons au col de Pecouch en surprenant une femelle isard et son petit, cadeau d'adieu que me fait la montagne, certainement.


 Puis c'est la très belle descente vers Milouga où la discussion d'hier se poursuit à bâtons rompus.

Le Valier depuis Milouga
 Nous arrivons au cap des Lauses, jonction avec le GR vers 9h30. Et comme, nous n'avons ni elle, ni moi l'envie que cela se termine, nous décidons de pousser jusqu'au col de Laziès. Nous décidons finalement de monter au pic de Crabère (2095m), dernier sommet de cette traversée pour moi et dernière occasion pour Mathilde de me montrer à quel point, elle a du jus et du pep's. Cette petite parisienne a décidément des allures d'ariégeoise, droit dans la pente, elle finira par avoir raison de ma condition et arrivera au sommet avec quelques mètres d'avance. 
Depuis le Crabère...
Nous redescendons finalement tranquillement vers le pla de Lalau en discutant.. Nous formons, je trouve, un bon bînome et je trouve très agréable de randonner avec quelqu'un, comme je m'en faisais la réflexion il y a quelques jours, ce plaisir du partage, de l'échange, des décisions communes m'a parfois manqué. Je retrouve mes proches au pla de Lalau puis nous déposons Mathilde à Castillon dans une atmosphère un peu embarrassée qui me déplait quelque peu. Comme si la fraicheur, la simplicité, l'évidence des relations nées là-haut pouvaient déjà être viciées par le monde d'en-bas. J'ai, en tout cas, passé deux très bons jours en sa compagnie. J'ai toutefois remarqué que paradoxalement le fait d'être à deux isole. On va moins vers les autres et ils viennent moins vers nous.
 Outre la liberté, l'échange est finalement aujourd'hui l'avantage essentiel que je trouve au fait de randonner seul. On est plus ouvert sur les autres.

Epilogue 2015

Voilà l'épilogue un peu douloureux de cet été 2015. J'étais venu en ours, pour la montagne, la marche et les paysages. Je repars combler par les gens. Bien sûr, il y a eu des paysages à couper le souffle, des journées physiques à s'en faire exploser les mollets mais je ne sais pas si c'est ce qu'il me restera dans quelques années. Par contre, je garderai longtemps ces échanges autour d'une bière, ces encouragement aux détours d'un chemin... La montagne est belle à partager et à ma grande surprise elle m'a profondément rapproché des autres. J'ai aujourd'hui envie de découvrir de nouveaux horizons, de nouveaux pays en marchant, car la marche facilite la communication avec des compagnons de fortune ou d'infortune plus ou moins temporaires. A un an et 15 étapes de la fin de mon périple, mes conclusions sur ce périple ne sont pas définitives mais je peux tout de même affirmer qu'avant d'être une aventure sportive, la traversée est une aventure humaine à l'image des Pyrénées façonnées, elles aussi au cours du temps par l'homme.

Le retour à la maison a été violent pendant 8 jours. Je n'avais pas d'appétit, je ne savais pas quoi faire de mon corps, j'errais dans la maison qui semblait trop petite pour moi et qui m'étouffait. Je n'avais qu'une seule envie : la liberté et je ne pouvais plus me plier aux contraintes et compromis du quotidien. Bref un bon vieux coup de spleen. Je ne pensais pas ressentir ce contre coup. Je pense avoir sous estimé le retour à la maison qui pour moi a, de plus, été brutal et précipité. Avec le recul, j'analyse mieux cette situation. Tout d'abord, si j'avais fini l'aventure, la fin aurait été peut être moins compliquée, là la frustration et le sentiment d'inachevé ont été difficile à surmonter. Je n'ai pas l'impression d'avoir fait ce que j'avais à faire. Ensuite, la facilité des échanges avec les gens, l'évidence des relations m'ont vraiment manqué moi qui ne me reconnais pas trop dans notre société du quotidien. Pourtant, il a fallu que je me convaincs que ces relations sont liées à un endroit : la montagne ; mais aussi à un moment : les vacances. Les gens sont dans un état d'esprit particulier et on partage déjà tous un amour commun des montagnes, cela n'est pas transposable dans notre vie de tous les jours, c'est une sorte de parenthèse, enchantée certes, mais qu'il faut penser à refermer quand on redescend ; pour mieux la rouvrir plus tard bien entendu. Enfin, c'est l'inconnu qui m'a manqué. Chaque jour est une plongée dans l'inconnu sur de nombreux paramètres notamment les rencontres que l'on va faire...bien loin de la routine du quotidien...ça aussi me manque profondément. Au final, cette traversée a également été une aventure intérieure. J'en ai retiré des leçons sur moi et sur les autres : j'essaierai qu'il m'en reste quelque chose dans ma vie. Cette traversée a déjà décidément été bien riche et le mieux...c'est qu'elle n'est pas terminée...  

33 commentaires:

  1. change l'apn mon poulet et fait un stage photo hi hi hi

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  2. Tout à fait d'accord avec dedbond...

    amicalement,

    Pauleo

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  3. Bonjour,
    Je confirme les 2 précédents commentaires : Un bon appareil photo pour immortaliser au mieux cette traversée.
    Amicalement.

    Ludovic
    http://randoludo.blog4ever.com
    http://matraversee.blog4ever.com

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  4. Salut Alain , je viens de parcourir ton programme , j'en reste admiratif et te souhaite de le réaliser pleinement .
    Mario65

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    1. Les 2 premières journées sont joliment contées (il est beau gosse le surfeur !), et les photos ne sont pas totalement catastrophiques... vivement la suite... même s'il faut attendre l'année prochaine.

      Pauleo

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  5. salut l'homme du plateau !

    dommage pour le soucis corporel .... pis avec la météo assez incrtaine et un peu pourrie de cette année , mieux vaut , au final , reporter a l'an prochain !
    bon rétablissement !
    JOS ... du 65 hein !!!

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  6. merci jos !!!

    c'est sûr que la météo n'aurait pas été de mon côté cet été !!!!

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  7. Bonjour,
    Dommage pour cet abandon forcé, mais cet été n'était pas celui des belles traversées.
    Je n'ai réalisé que 6 des 8 jours prévu initialement. Allez, 2015 sera la bonne !

    Ludovic
    http://randoludo.blog4ever.com
    http://matraversee.blog4ever.com

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  8. Ce commentaire a été supprimé par son auteur.

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    1. C'est vrai Ludo que le temps a bien aidé à me consoler car cette traversée aurait été celle des renoncements alors qu'il y pas mal de sommets auxquels je tiens (valier, carlit, Canigou, etc...)
      Alors oui vivement 2015...même si ma préoccupation du moment est de pouvoir retourner en montagne sans douleurs...
      J'ai découvert ton blog sur ta traversée...super projet aussi...et fort bien présenté et détaillé
      Au plaisir, donc, de peut être se rencontrer quelque part dans le Luchonnais en 2015...

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  9. Salut Alain,
    Justement je me posais la question si tu avais fait ta traversée....(j' ai récupéré internet que depuis peu), je vois que des soucis physique ont eu raison de toi...mais vu la météo de cet été, c'est surement un mal pour un bien...récupère bien et bonne route pour 2015....

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  10. c'est trés bien écrit on le vit avec toi, ça donne vraiment envie

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  11. excellent le récit ! et bravo pour la "rando" !!
    t'as vu un paquet de sommets que je ne connais que de vue et pour certains le nom et surtout un paquet de lacs qui sont plutot bien pour la peche !! ... vi ... je sais ... !

    encore bravo pour la traversée, vivement la suite !!!!

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    1. Superbe alain!! Ton journal de bord nous donne envie de te suivre et de t'aider a finir ce periple qui t'aura donner du fil a retordre!! superbes photos , En daban amic!! Le pays catalan t'attend!!

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  12. je me régale en te lisant, je le vis avec toi surtout les étapes que je connais un peu

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  13. Fabuleux ce que tu fais , magnifiques photos .
    Mario

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  14. Merci Mario !!!
    C'est surtout un immense bonheur !!

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  15. Superbes résumés de tes randos et surtout de tes rencontres.
    Hasta pronto Hombre

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  16. Superbe!!! jojo aurait eté content avec le goret!!

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    1. J'ai pensé à lui oui ce matin là...en plus...il lui ressemblait

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  17. Superbe récit et très belles photos.....j'attends la suite avec impatience....je projette de réaliser la traversée par le GR10 sur deux ou trois ans, car j'ai pas la possibilité de poser les jours nécessaire pour réaliser cette traversée d'une traite afin d'en profiter et prendre mon temps...départ initialement prévu en 2017 mais peut-être avancé en 2016 avec en première partie Hendaye- L' Oule...et je rentrerais par le secteur de Campana...
    merci encore....

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    1. Super projet ça Patrick...par contre c'est dommage de ne faire que le GR10...faut mixer les itinéraires...la HRP évite des incontournables comme Ayous et le GR10 est parfois longuet alors qu'il y a plus joli et pas très dur (ex : entre Ayous et Gavarnie où la HRP est pour moi incontournable...si t'as besoin des topos pour préparer n'hésite pas j'ai les 4 bouquins du GR 10 plus le Veron pour la HRP, j'espère qu'on aura l'occasion de se croiser pour en parler...

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  18. Très belle aventure , que tu viens de vivre et je te remercie encore de l'avoir partagée avec nous, mais si je peux me permettre Alain, je suis persuadé que tu as reçu ce que tu as donné , car tu as la plus belle des intelligence, celle du cœur .

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  19. Merci Mario pour ce beau commentaire qui me touche...

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  20. En même temps je ne peut pas faire moins, pour l'idole de mes fils ;)

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  21. D'ailleurs il va falloir que tu me les confies (au moins les deux plus petits...pour le grand y'a plus rien à faire...) que je les amène un peu en montagne pour les initier...

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  22. Bonjour Alain,
    je ne sais pas si tu as pu terminer ta traversée cette année ou si tu est en train de la terminer.
    Pour moi, encore un an d'attente et ça sera par le GR 10 et une autre fois (j'espère)j'essaierais par la HRP mais sur 3 ou 4 ans....
    A bientôt Patrick...

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  23. Salut Alain!
    je découvre un peu tardivement ce superbe blog et ces textes non moins superbes.
    Du suspense, de la souffrance, des photos magnifiques et des rencontres inoubliables.
    Je n'ai jamais pu aller plus loin que le tronçon basco-béarnais il y a bien longtemps-et encore, sur 2 étés!!-, aussi je mesure les efforts considérables et la motivation pour arriver à boucler ces 27 étapes.
    Encore bravo pour la performance et pour la qualité du récit qui scotche littéralement le lecteur;...
    Amitiés montagnardes
    Peio (Lagrole)...

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  24. Merci Peïo...
    Ce fut, en effet, une très belle aventure humaine et intérieure que j'ai décidé de ne pas reprendre tant je la considère comme un tout. Appréciant peu le goût d'inachevé, je repartirai donc pour une autre aventure intégrale que je compte bien boucler cette fois-ci...
    Amitiés montagnardes...

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  25. je viens de me régaler a te relire, vraiment ça donne envie de partir tout de suite surtout en ce moment .....

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